Ruée vers l’obligataire asiatique

lundi, 11.03.2019

Dette. Les émetteurs régionaux (hors Japon) ont levé un montant record de 64,5 milliards depuis le début de l’année.

Gianni Pugliese*

La demande pour les obligations asiatiques libellées en dollars a été particulièrement soutenue récemment. Sur le marché primaire, les nouvelles émissions ont été sursouscrites à concurrence de 6,7 fois, un niveau sans précédent depuis les premières statistiques compilées par Bloomberg en 2016. Cet engouement a non seulement encouragé les émetteurs régionaux (hors Japon) à venir nombreux sur le marché mais leur a permis de lever un montant record de 64,5 milliards  de dollars depuis le début de cette année. 

Cette vague d’achats contraste avec l’atmosphère de l’année dernière où les investisseurs ont été confrontés aux pires performances du marché du crédit asiatique sur les 10 dernières années. Les signaux de politiques monétaires plus accommodantes en provenance des Etats-Unis et de la Chine ont ravivé l’appétit pour le risque et inversé la tendance, à tel point que ce début d’année est le meilleur constaté depuis sept ans pour les obligations asiatiques.

Le ton devrait rester constructif à court terme

Selon des spécialistes régionaux, les investisseurs qui étaient sous pondérés l’année dernière en raison de la forte volatilité ont été attirés par les taux de rémunérations devenus plus élevés. Ils estiment que le ton devrait rester constructif à court terme mais qu’au vu de l’ampleur de la performance, le potentiel de hausse des cours des obligations a diminué. Les emprunts émis par les promoteurs immobiliers chinois ont connu le succès le plus retentissant en février avec des carnets d’ordres 7,6 fois supérieurs aux montants offerts en souscription. Le rythme de progression du volume d’émission a été considérable avec les acteurs du secteur qui sont parvenus à lever 22,7 milliards de dollars sur les 64,5 milliards de dollars mentionnés plus haut. 

Plus grande flexibilité pour la gestion du passif du bilan

Le contexte favorable actuel pourrait inciter ces émetteurs à sonder l’appétit des investisseurs sur de plus longues échéances et s’assurer ainsi de sources de financement à plus long terme. Pourquoi? Parce que l’émission de dette à long terme procure une plus grande flexibilité pour la gestion du passif du bilan, elle permet d’éviter la concentration des remboursements sur des échéances rapprochées. Le test pourrait s’avérer concluant car, avec le recul des attentes de hausse des taux, les investisseurs sont plus enclins à aller chercher du rendement sur des maturités plus longues. L’aplatissement des courbes qui en résulte offre des perspectives de gains plus intéressantes, comme illustré par l’indice Bloomberg Barclays EM USD Aggregate qui affiche une performance du segment 5 à 7 ans supérieure à 4,6% depuis le début de l’année, contre 2% pour la tranche 1 à 3 ans. 

La quête du rendement ne s’opère pas sans risque

Cela dit, la quête du rendement ne s’opère pas sans risque. Qui dit longue maturité, dit longue duration et plus grande volatilité. Si l’aversion au risque reprend le devant de la scène, les détenteurs de ces obligations souffriront proportionnellement à leur exposition: plus les maturités sont longues, plus la qualité de l’emprunt est basse, plus les dégâts seront marqués. Pourvu que la Chine et les Etats-Unis trouvent un accord et pourvu que la Banque Populaire de Chine continue à assouplir sa politique monétaire...

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie





 
 
 

AGEFI

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