Une poursuite de la hausse dopée par le rachat d’actions?

jeudi, 08.11.2018

Depuis plusieurs années déjà, la demande d’actions aux Etats-Unis provient des entreprises elles-mêmes.

Marco Bonaviri*

Le rachat d’actions est un sujet d’actualité aux Etats-Unis faisant régulièrement les grands titres, à coup d’histoires arguant que la bourse ne tient que grâce à ces rachats ou qu’ils accroissent les inégalités sociales. Il s’avère qu’à Wall Street les sociétés américaines rachètent massivement leurs actions, contribuant ainsi à la hausse du marché. Lorsqu’une entreprise rachète ses propres actions, elle réduit le nombre d’actions en circulation et augmente ainsi le bénéfice par action, offrant une rémunération pour les actionnaires et portant, en théorie, à une hausse du cours de bourse. 

Sachant que trois quarts des entreprises du S&P 500 ont des programmes de rachat d’actions, il n’y a qu’un pas à franchir pour conclure de leur importance. Qu’en est-il vraiment?

Depuis le début de ce cycle boursier, les programmes de rachat d’actions ont été une thématique récurrente aux Etats-Unis, conséquence notamment de la croissance des bénéfices, de l’augmentation du levier financier et, plus récemment, de la réforme fiscale.

Depuis plusieurs années la demande d’actions aux Etats-Unis provient des entreprises elles-mêmes, via les programmes de rachat d’actions, surpassant la demande des ETFs. Selon JP Morgan, depuis 2008 le montant cumulé des rachats d’actions aux Etats-Unis est de 4,5 mille milliards de dollars. Sur les douze derniers mois, la valeur des rachats d’actions est estimée à 640 milliards de dollars, une hausse de 30% par rapport aux 12 mois précédents. 

Dépasser les 800 milliards

En 2018, les rachats pourraient même atteindre de plus de 40% par rapport à 2017 et dépasser les 800 milliards de dollars. Et en 2019, Goldman Sachs estime que les rachats devraient encore progresser de plus de 20% et avoisiner le trillion de dollars. 

Ces montants sont faramineux, les rachats d’actions devraient constituer la plus importante utilisation des liquidités, une première depuis 2007.

La réforme fiscale américaine de Trump fin 2017 y est pour beaucoup: elle a notamment abaissé l’impôt sur les sociétés de 35% à 21% et permis aux multinationales de rapatrier les liquidités détenues à l’étranger à un taux préférentiel. Après trois trimestres, il semblerait que la moitié des montants effectivement rapatriés ait été utilisée pour augmenter ou lancer des programmes de rachat d’actions, d’où leur augmentation.

Concentration importante

Néanmoins cet engouement pour les rachats d’actions ne fait pas l’unanimité. Premièrement, sur les douze dernier mois, près de 45% des montants rachetés l’ont été par 20 entreprises, avec en trio de tête Apple, Oracle et JP Morgan. Une telle concentration ne peut bénéficier à l’ensemble du marché. Deuxièmement, bien que le niveau des rachats soit au plus haut historique, il ne faut pas oublier que la valeur du marché l’est également et la capitalisation boursière de l’indice S&P 500 a dépassé pour la première fois les 25 trillions de dollars juste avant la correction d’octobre. Enfin, ces sociétés ont souvent profité des taux bas d’après crise afin de financer leurs programmes de rachat d’actions ambitieux et sont donc aujourd’hui plus fortement endettées que la moyenne comme le montre le ratio d’endettement de l’indice S&P 500 Buyback. Dans le contexte actuel de taux qui montent, ces sociétés commencent à être pénalisées par les investisseurs.

Facteur technique, certes positif, ces rachats d’actions ne sont qu’un petit rouage du mécanisme de la hausse des actions. Bien que leur valeur cette année atteigne des sommets historiques et fasse la une des médias, les rachats restent concentrés sur quelques entreprises mastodontes. Finalement, la poursuite de la hausse du marché repose avant tout sur la croissance des ventes et des bénéfices, et donc sur la robustesse du cycle économique au moment où les marges sont déjà très élevées.

*Senior Portfolio Manager, REYL & Cie





 
 
 

AGEFI

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