Craintes de récession exagérées

jeudi, 17.01.2019

Daniel Varela*

Les investisseurs garderont de 2018 le souvenir d’une année particulièrement frustrante durant laquelle les préceptes de diversification n’auront pas permis d’immuniser les portefeuilles face à des déboires inattendus sur les marchés financiers. Aucun actif n’a en effet échappé à la déroute de fin d’année à l’exception des obligations des gouvernements les plus sûrs qui ont profité de la panique de fin d’année et d’un phénomène de fuite vers la qualité. 

Les attentes sont extrêmement basses en ce début d’année. Les sondages auprès d’investisseurs institutionnels dans le monde indiquent que la peur d’une récession est prédominante. Ces craintes nous semblent exagérées, car le plongeon observé sur le cours du pétrole ces dernières semaines est plutôt de nature à prolonger le cycle économique. Il réduit en effet la facture énergétique des ménages et des entreprises, augmente par conséquent le pouvoir d’achat, éloigne le risque d’un dérapage de l’inflation et incite les banques centrales à reporter le resserrement des politiques monétaires. 

Après quatre hausses de taux en 2018, la Réserve fédérale américaine laisse entendre qu’elle devrait marquer une pause, ce qui incitera ses homologues à maintenir leurs taux au plancher. Un atterrissage en douceur de l’économie mondiale en 2019 semble le scénario le plus probable. Mais il reste conditionné à la résilience de ses deux locomotives principales. Les Etats-Unis conservent une bonne dynamique grâce à une consommation des ménages toujours portée par un faible niveau de chômage et des salaires en progression. La Chine soulève plus de doutes. 

Les mesures de relance monétaire et fiscale annoncées par les autorités n’ont pas encore été en mesure de compenser les retombées négatives liées aux tensions commerciales avec les Etats-Unis. Mais les négociations en cours rendent probable un accord entre les deux premières puissances mondiales, ce qui permettrait à l’économie chinoise de trouver un fond durant le printemps. 

Niveaux attractifs rares

L’Europe, confrontée à ses habituelles congestions politiques, prie pour que ses deux partenaires commerciaux privilégiés enterrent enfin la hache de la guerre. Malgré de nombreuses incertitudes politiques, les actions ont de bonnes chances de redresser la tête en 2019. Les valorisations boursières ont en effet retrouvé des niveaux attractifs rares à ce stade du cycle économique. Surtout lorsqu’on les compare aux autres classes d’actifs habituelles. Les marchés obligataires ne réservent par exemple que peu de potentiel à l’exception des segments plus risqués que sont les emprunts de sociétés américaines ou la dette émergente, deux segments qui ont beaucoup souffert en 2018 et qui sont sans doute à la veille d’un rattrapage. 

Le potentiel de surperformance des actions nous incite à renforcer celles-ci dans nos grilles d’investissement. Pour un profil pondéré, nous augmentons les actions de 2% en misant sur les Etats-Unis dont la visibilité tant sur la croissance économique et sur les résultats des entreprises est la meilleure, ainsi que sur l’Asie. Car la perspective d’une pause de la Fed et d’un billet vert moins fort pointe sur un retour en grâce des marchés émergents tant au niveau des actifs que des devises de ces pays en développement. Le dollar ne devrait en revanche pas trop souffrir contre les autres monnaies fortes. Pour des portefeuilles basés en franc suisse, le coût dissuasif d’une couverture du risque dollar nous incite à réduire ces couvertures et renforcer les produits en CHF par le biais d’une diversification en fonds immobiliers qui en comparaison aux obligations suisses offrent un rendement attractif et dont l’agio moyen s’est beaucoup comprimé ces derniers mois.

*Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland





 
 
 

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