Croissance mondiale, politique et opportunités d’investissement

mardi, 14.05.2019

Conjoncture. En 2019, l’économie mondiale a clairement marqué le pas par rapport à 2018. Un ralentissement imputable à trois facteurs principaux.

Andrew Wilson*

Le premier facteur est le net durcissement des conditions financières au quatrième trimestre, induit par le resserrement de la politique monétaire américaine. Le deuxième est le ralentissement de la croissance chinoise qui a pénalisé l’Europe et l’Asie. Le troisième est l’incertitude entourant les relations commerciales (entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi entre le Royaume-Uni et l’Europe) qui a pesé sur les échanges mondiaux et le climat des affaires.

Ces trois facteurs ont évolué de telle manière que la croissance devrait se stabiliser pendant le reste de l’année 2019. La Fed a ainsi délaissé la politique de relèvement progressif des taux et opté pour la patience, et d’autres banques centrales des pays développés lui ont emboîté le pas. La Chine a, quant à elle, mis en œuvre une série de mesures de relance pour contrer le ralentissement de son économie, atténuant par là même les pressions externes sur l’Europe et d’autres pays asiatiques. 

Crainte d’une contraction plus marquée

Par ailleurs, la situation s’améliore au niveau du commerce international. Les Etats-Unis et la Chine semblent motivés pour trouver un accord commercial. Une escalade des tensions autour des droits de douane sur l’automobile n’est cependant pas à exclure entre les Etats-Unis et d’autres grands pays producteurs de véhicules. De plus, l’augmentation des tarifs douaniers de l’an dernier pèse sans doute encore sur les échanges mondiaux, le climat des affaires et les investissements. Avec l’apaisement des tensions commerciales, ces effets néfastes devraient s’atténuer, mais cela pourrait prendre un peu de temps.

L’économie mondiale est globalement passée d’une période de croissance supérieure à la tendance et d’absorption rapide des capacités excédentaires, notamment sur le marché du travail, à une période de croissance proche de la tendance et d’absorption plus lente des capacités excédentaires. Le risque de récession est limité dans le contexte actuel, la consommation des ménages continuant à tirer la croissance sur fond de bilans robustes et de marchés du travail solides. De plus, les mesures de relance chinoises pourraient bientôt commencer à produire leurs fruits. Cela dit, l’embellie devra être confirmée par les chiffres d’avril, les données du mois de mars étant largement biaisées par le Nouvel An chinois.

La croissance européenne a atteint un pic en 2018 avant de renouer avec sa tendance de long terme de 1% à 1,5%. L’essoufflement, intervenu plus rapidement que ne l’anticipait le consensus, a laissé craindre une contraction plus marquée. La croissance devrait néanmoins bientôt se stabiliser, soutenue par l’augmentation des salaires, la faiblesse des prix du pétrole, la reprise de la demande chinoise et une clarification éventuelle de la situation au niveau du Brexit. L’Italie, qui est techniquement en récession, représente toujours un risque pour l’Europe. Toutefois, les risques à court terme ont, selon nous, diminué.

Véritable casse-tête pour la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) s’est révélée incapable de doper l’inflation malgré une politique monétaire accommodante; l’inflation sous-jacente a ainsi atteint à peine 1% en moyenne en 2017 et 2018. La BCE a mis fin à son programme d’assouplissement quantitatif (AQ) fin décembre et pourtant, les anticipations d’inflation, telles qu’elles ressortent aussi bien des enquêtes que du marché, sont à des niveaux inférieurs à ce qu’elles étaient lorsque le programme de rachats d’actifs a été lancé en 2014. Le président de la BCE, Mario Draghi, réfute l’idée que le casse-tête auquel est confrontée la BCE (à savoir des anticipations d’inflation qui restent faibles malgré plusieurs années de politique monétaire accommodante) soit lié à la faiblesse des primes de risques d’inflation sur fond de baisse séculaire des prix dans les pays développés. Il a également souligné que la BCE disposait de «plusieurs instruments», y compris le guidage des anticipations qu’elle a utilisé cette année pour signifier que le statu quo serait maintenu au moins en 2019.

Le marché semble douter que l’inflation finira par se rapprocher de l’objectif de 2% de la banque centrale. Les investisseurs en sont plutôt à se demander si la persistance d’une inflation faible a définitivement sonné le glas (et pas seulement reporté) de la normalisation de la politique de la BCE au cours du cycle actuel.

Le scénario le plus probable est que la BCE continue à agir comme si de rien n’était. La BCE est une organisation régie par un traité qui contraint largement sa capacité à prendre des mesures plus extrêmes ou proactives pour remplir son mandat en matière d’inflation. Si la croissance se stabilise, la BCE s’orientera vers la normalisation de ses taux avec un relèvement modeste en 2020. Une hausse plus tardive ou une absence complète de relèvement ne peuvent cependant être exclues.

Pression moindre sur les décideurs des ME

Dans le contexte actuel, les investisseurs peuvent encore trouver leur bonheur sur les marchés obligataires. Les obligations d’entreprises américaines peuvent ainsi être intéressantes, les fondamentaux étant toujours solides. Les bénéfices orientés à la hausse, le niveau élevé des ratios de couverture des intérêts, les efforts de certains émetteurs pour réduire leur endettement, et la croissance économique en cours sur fond d’orientation de la Fed vers une politique accommodante sont autant de facteurs de soutien potentiels. L’exposition aux actifs des marchés émergents (ME), y compris à la dette externe et aux monnaies à haut rendement, peut également se révéler porteuse. Les actifs des ME bénéficient de l’amélioration des conditions macroéconomiques de ces derniers mois; la croissance se redresse et la politique plus souple de la Fed atténue les pressions liées au financement pour les émetteurs des ME. La patience dont fait preuve la Fed se traduit également par une pression moindre sur les décideurs des ME qui sont ainsi moins contraints de resserrer leur politique et qui peuvent même envisager un certain assouplissement.

Nous préférons une surexposition aux taux des pays du cœur de l’Europe plutôt qu’aux taux norvégiens et suédois. En effet, la normalisation de la politique monétaire en Norvège et en Suède devrait intervenir plus tôt que dans la zone euro. Les pressions haussières liées au fait que les Etats-Unis affichent le taux directeur le plus élevé des pays du G10 et jouissent d’un statut de «marché refuge» sont contrebalancées par les anticipations quant à la politique de la Fed qui devrait rester accommodante, et les inquiétudes suscitées par l’ampleur du déficit courant et du déficit budgétaire américains. Au final, l’impact sur le dollar américain pourrait être neutre.

*CEO for EMEA et Head Global Fixed Income and Liquidity Management Team chez Goldman Sachs Asset Management





 
 
 

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