Assistons-nous à un retour de panique sur les marchés financiers argentins?

lundi, 13.05.2019

Conjoncture. Ces derniers ont réagi excessivement à l’éventualité d’un retour de Cristina Fernandez Kirchner à la tête du gouvernement.

Thierry Larose*

La vapeur peut encore s’inverser si Mauricio Macri parvient à regagner la confiance de la population. L’inflation est un problème davantage politique que budgétaire ou monétaire. Le profil risque/rendement de l’Argentine reste attrayant.

L’Argentine traverse à nouveau une crise de confiance d’une ampleur exceptionnelle. Les incertitudes concernant l’élection présidentielle qui se tiendra en octobre ainsi que l’éventualité d’un retour à la présidence de Cristina Fernandez Kirchner (CFK) ont fait souffler un vent de panique sur les marchés.

Ce à quoi s’ajoute l’évolution de l’inflation, qui pèse lourdement sur le revenu disponible de la population et influe depuis longtemps déjà sur la popularité du gouvernement. Reste que l’inflation en Argentine est un phénomène dont les causes sont davantage politiques que budgétaires ou monétaires.

Mauricio Macri doit rétablir la confiance

Les mesures d’austérité budgétaire et monétaire sont et restent inévitables. La seule issue possible pour sortir de la spirale négative consiste à restaurer une certaine confiance en la capacité du gouvernement à résoudre les problèmes du pays de manière crédible. Faute de quoi, l’Argentine demeurera confrontée à une situation inextricable, dans laquelle les mesures visant à renforcer la monnaie, et donc à juguler l’inflation, pénalisent la croissance et ont des conséquences défavorables sur le commerce extérieur. Ce sont surtout ces pressions exercées sur le commerce extérieur qui ont été responsables de la crise de l’année passée après l’échec de la politique de réforme du président Mauricio Macri.

Maintenir la discipline monétaire et budgétaire revêt une importance capitale, même si les mesures ne suffiront pas à rompre la spirale inflationniste. Tant la banque centrale d’Argentine (BCRA) que le ministère des Finances respectent les règles et s’efforcent d’atteindre les objectifs fixés par le Fonds monétaire international (FMI) s’agissant du contrôle de la masse monétaire et de l’excédent primaire.

Le gouvernement devrait être en mesure de survivre grâce aux ressources du FMI jusqu’à fin 2020. D’ici là, les réserves en dollars devraient suffire pour honorer les engagements financiers, sans avoir recours aux marchés des capitaux pour obtenir des fonds supplémentaires.

Personne ne sait qui va remporter l’élection, mais la situation ne s’est que marginalement détériorée par rapport aux dernières semaines. Le fait que Cristina Fernandez Kirchner devance en ce moment Mauricio Macri dans les sondages n’est pas plus déterminant en fait que la configuration inverse qui prévalait jusqu’à récemment. L’instabilité est en effet destinée à régner encore tout au long des six prochains mois. Tout peut arriver d’ici l’élection, y compris un rapprochement tactique entre l’alliance Cambiemos de Mauricio Macri et les péronistes modérés (comme Roberto Lavagna). La légère avance de Cristina Fernandez Kirchner reflète la perte de crédibilité du gouvernement, mais un revirement de tendance reste tout à fait possible.

La situation reste incertaine

Parallèlement, il n’est pas forcément dit que – si elle accède à la fonction suprême – Cristina Fernandez Kirchner accumulerait autant de retard dans le remboursement de la dette extérieure que ses prédécesseurs en 2001.

La panique régnant sur les marchés s’explique principalement par les nombreux événements négatifs qui ont jalonné l’histoire de l’Argentine et qui ont toujours eu tendance à s’aggraver (à l’instar de la réputation d’être constamment en retard de paiement). La réaction actuelle des marchés est cependant surtout imputable aux dissonances cognitives d’investisseurs qui, dès le début, n’auraient pas dû s’exposer au pays. Nul ne sait à quel niveau le marché finira par toucher son plancher. Cela dit, il est probable que la véritable valeur des actifs argentins n’apparaîtra que lorsque les acteurs les plus faibles du marché en auront été évincés. De fait, pour les investisseurs engagés des pays émergents, qui sont en mesure de suivre et d’évaluer les évolutions à l’échelle locale, le profil risque/rendement de l’Argentine reste attrayant puisque le marché offre une palette diversifiée sur toutes les classes d’actifs disponibles.

*Senior portfolio manager marchés émergents, Vontobel AM





 
 
 

AGEFI

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