Investissements durables: niche ou nécessité?

lundi, 27.05.2019

C’est une nécessité tant en terme gestion du risque dans la construction d’un portefeuille que pour contribuer à résoudre des enjeux sociétaux et environnementaux majeurs.

Nicolas Pelletier*

Nicolas Pelletier, CFA, responsable de l’investissement durable, Reyl & Cie.

L’investissement socialement responsable (ISR), aussi appelé investissement éthique, est une stratégie visant à concilier performance économique et bien social. Ces investissements sont clairement une nécessité tant en terme gestion du risque dans la construction d’un portefeuille que pour contribuer à résoudre des enjeux sociétaux et environnementaux majeurs.

Tandis que certains investisseurs évitent simplement les entreprises opérant dans des secteurs controversés (alcool, tabac, jeux d’argent, pornographie, armement ou énergies fossiles), d’autres intègrent à leur processus d’investissement une analyse plus complexe fondée sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). La prise en compte de ces critères ESG est aujourd’hui une nécessité, en effet une entreprise ayant une mauvaise gouvernance ou un climat social mauvais présente des risques importants sur la performance financière et boursière des sociétés. 

Parallèlement, nous assistons à l’émergence d’une forme d’investissement novatrice: l’investissement à impact social (impact investing). Il s’agit d’investir dans des entreprises ou des fonds communs de placement avec l’intention de générer un impact social ou environnemental positif assorti d’un rendement financier.

Ce type d’investissement peut s’appuyer sur différentes classes d’actifs, telles que les actions, les obligations, la microfinance et le private equity. Chaque investisseur devrait être conscient de l’impact de ses placements financiers. Qu’il soit positif ou négatif, cet impact aura des répercussions durables sur la gestion des défis parmi les plus importants de notre époque. Les investisseurs devraient donc construire un portefeuille en adéquation avec leurs propres valeurs et objectifs. 

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies constituent désormais un cadre de référence au sein du secteur financier pour évaluer l’impact social. Le 25 septembre 2015, les 193 États membres de l’Assemblée générale des Nations Unies ont adopté le programme «Transformer notre monde: le Programme de développement durable à l’horizon 2030». Les 17 ODD portent sur les besoins élémentaires, le changement climatique, la protection des ressources naturelles, la qualité de la vie et l’amélioration de la gouvernance.

Les ODD ciblent aussi les plus démunis. Selon les Nations Unies, 1,2 milliard de personnes (soit 15% de la population mondiale), vivent avec moins d’un dollar par jour et 4 milliards d’individus (61 % de la population mondiale), avec 365 à 3 000 dollars par an. En s’adressant aux personnes situées «au bas de la pyramide», les entreprises peuvent impulser un changement pour améliorer la qualité de vie des plus démunis, tout en s’ouvrant des opportunités d’investissement. 

Le travail remarquable effectué par les gouvernements, les organismes d’aide au développement, les organisations non gouvernementales (ONG) et les initiatives philanthropiques contribue à la réalisation des Objectifs de Développement Durables (ODD). Les besoins d’investissements sont colossaux: selon les estimations des Nations Unies, le déficit annuel de financement pour atteindre les ODD se chiffre en milliards, et ce uniquement pour les pays en développement.

C’est pourquoi tant les acteurs du secteur privé que du secteur financier devraient assumer leur part de responsabilité et apporter des solutions innovantes répondant à ces objectifs. En tant qu’actionnaires de nombreuses entreprises dans le monde, les acteurs du marché financier tels que les fonds de pensions, les assureurs, les particuliers fortunés et les gérants de fortune devraient y prendre part. Les détenteurs d’actifs sont désormais de plus en plus nombreux à prendre conscience de la responsabilité qui leur incombe. 

Ainsi, la banque Reyl a décidé de s’engager dans ce type d’investissement en lançant un certificat géré de manière active. Ce certificat est investi dans des sociétés offrant des rendements financiers en ligne avec le marché et offrant aussi à un impact positif élevé sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) et les populations au bas de la pyramide (BOP).

Les investisseurs à impact concentrent leurs investissements sur des sociétés proposant des produits ou des services dans les technologies durables, les services de santé aux plus démunis, une agriculture et une industrie durable, une consommation et une production responsables, l’éducation ou les énergies propres. À titre d’exemple, Ørsted, une société d’électricité danoise, qui est passée du recours aux combustibles fossiles à un fournisseur d’énergie verte pour devenir la plus grande société de parcs éoliens offshore au monde, avec une part de marché de 16%.

Pour mesurer notre score d’impact, la qualité des données est essentielle. Ainsi, il est possible d’opposer les données sur l'impact publiées par les entreprises au contenu narratif en ligne reflétant les points de vue de parties prenantes telles que les organisations non gouvernementales (ONG) et les médias. Enfin, l'intelligence collective est primordiale, ce travail nécessite la contribution de nombreux analystes partageant leurs connaissances, confrontant leurs points de vue et révélant - collectivement - l'impact réel d'une entreprise.

Les entreprises façonnent le monde, c’est un fait. Leurs activités ont des implications profondes, globales et durables. Elles impactent la planète, les océans, notre climat, nos villes et notre vie. Nous pouvons toutes et tous contribuer à rendre notre monde meilleur en incitant les entreprises à devenir des vecteurs de bien social. Les défis posés par le développement durable, notamment le changement climatique, la pollution et les investissements indispensables dans les droits de l’Homme et la dignité humaine, les infrastructures et l’efficience énergétique, sont appelés à bouleverser les marchés financiers.

C’est pourquoi les investissements à impact social fondés sur une analyse intégrant des objectifs à long terme, tels que les Objectifs de développement durable des Nations Unies, y compris des critères ESG, gagneront en importance au cours des prochaines années. Ils permettent en outre d’améliorer les décisions d’investissement et la diversification des portefeuilles.

La Suisse est le cœur d’une importante communauté prônant l’investissement socialement responsable et Genève l’un des pôles majeurs de l’investissement à impact social. La ville abrite un véritable écosystème autour de l’ISR: siège européen des Nations Unies, organisations internationales spécialisées, ONG, fondations, acteurs de la microfinance et de l’investissement à impact social, banques privées, gérants de fortune et investisseurs institutionnels. La Suisse deviendra non seulement l’une des forces motrices, mais aussi l’une des figures de proue de l’investissement à impact social dans les années à venir.

* CFA, responsable de l’investissement durable, Reyl & Cie





 
 
 

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