A la Réserve fédérale, les marchés reconnaissants...

lundi, 04.02.2019

François Christen*

8% de gains pour l’indice S&P 500 à la clôture du 1er février! Le cataclysme boursier de fin 2018 a fait place à un rebond qui confine à l’exubérance irrationnelle. A l’arrière-plan du redressement spectaculaire des actions, les obligations enregistrent des gains en rapport avec le risque de crédit. En hausse de plus de 4,5% depuis le début de l’année, le segment «high yield» est plébiscité par les investisseurs qui ont retrouvé un fort appétit pour le risque. Les emprunts d’entreprises du segment «investment grade» présentent des gains plus modestes mais encore substantiels (2,5%). Les obligations du Trésor US n’ont pas démérité et présentent une performance globale qui avoisine 0,5% depuis le début de l’année.

Le mérite de ce «rally» généralisé est largement imputable au changement de posture de la Réserve fédérale et à la réponse euphorique des investisseurs à la «patience» des autorités monétaires. Sans surprise, le communiqué publié à l’issue de la dernière réunion du FOMC intègre le mot qui a permis de restaurer la confiance des investisseurs. A la lumière des développements économiques et financiers globaux et du comportement sage de l’inflation, le comité se montrera «patient» avant d’ajuster à nouveau son taux d’intérêt directeur. 

Statu quo maintenu

Reste à bien interpréter le mot patience qui intègre des horizons temporels variables, allant de quelques mois à plusieurs années! Seule quasi-certitude, le statu quo sera maintenu en mars. La suite du programme dépendra des «données», aux Etats-Unis et dans le reste du monde, ainsi que des marchés financiers. Si l’euphorie du mois de janvier se prolonge et si les indicateurs aux Etats-Unis demeurent bien orientés, Jerome Powell et ses collègues pourraient être conduits à sonner la fin de la récréation avant l’été. A contrario, si l’évolution de la conjoncture justifie une pause durable, voire un changement de cap, le rebond des actifs risqués pourrait faire place à une nouvelle phase de turbulences, moins plaisante que ces dernières semaines.

L’actualité «domestique» est plutôt souriante. L’indice ISM manufacturier s’est nettement repris en janvier (56,6 en janvier après 54,3 en décembre), à la faveur d’un redressement des entrées de commandes. Le rapport de l’emploi fait état d’une embauche nette chiffrée à 304.000 en janvier (après 222.000 en décembre) et d’un redressement marginal du taux de chômage de 3,9% à 4% dû à une augmentation du taux de participation au marché du travail (63,2%, au plus haut depuis 2013) qui contribue à réduire les tensions. De fait, l’inflation salariale a légèrement fléchi en janvier pour s’établir à 3,2% en glissement annuel – un rythme qui n’est sûrement pas de nature à alarmer la Réserve fédérale.

Au rang des nouvelles moins réjouissantes, on observe une dégradation de la confiance des consommateurs reflétée par deux enquêtes (120,2 en janvier après 126,6 en décembre pour l’indice du Conference Board, 91,2 après 98,3 selon l’Université de Michigan). Il faut toutefois relever que cette chute est principalement imputable aux anticipations, alors que les ménages jugent la situation courante favorable. Le bond des demandes d’indemnités de chômage survenu la semaine passée devrait se révéler temporaire en raison de plusieurs facteurs exceptionnels (jour férié, grève et vague de froid). 

L’Europe ralentit

En Europe, la structure des taux d’intérêt en euros a légèrement fléchi, en phase avec les Etats-Unis et sous le poids des développements conjoncturels moroses. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans a ainsi cédé 4 points de base pour s’établir à 0,17%. Le gonflement des primes de risque infligées à l’Italie a en revanche conduit le rendement du «BTP» à 2,75%, en hausse de 9 points de base par rapport à la semaine précédente.

Le ralentissement de la croissance européenne est confirmé par plusieurs statistiques récentes. Le recul de l’indice de confiance de la Commission Européenne (106,2 en janvier après 107,4 en décembre), la dégradation du climat des affaires (0,69 après 0,86) et l’érosion des PMIs (50,5 après 51,4 à l’échelle de la zone euro) sont autant de symptômes d’un ralentissement durable. Le PIB de la zone euro affiche une progression de 0,2% au quatrième trimestre, un rythme similaire à celui observé le trimestre précédent. En glissement annuel, la progression du PIB a reflué à 1,2%. Malgré ses «gilets jaunes», la France surclasse la zone euro avec une croissance trimestrielle de 0,3%, l’Italie a enchainé deux trimestres de contraction (-0,2% au T4 après -0,1% au T3), ce qui pourrait aggraver la situation budgétaire. 

Un problème insoluble

Au Royaume-Uni, Theresa May n’a plus qu’une cinquantaine de jours pour résoudre un problème... insoluble (ne pas rétablir une frontière en Irlande sans maintenir une union douanière contraignante entre le Royaume-Uni et l’UE). Une sortie chaotique, sans accord avec l’UE, reste improbable en dépit du «bluff» des forces en présence. On semble donc s’acheminer vers une extension des négociations au-delà de l’échéance fixée à fin mars. Par la suite, les perspectives resteront brumeuses aussi longtemps que les «Brexiters» chercheront à obtenir tous les bénéfices de la séparation, sans en assumer le coût.

En bref, l’attentisme de la Réserve fédérale est principalement justifié par un environnement global entaché par le refroidissement de l’Europe et de la Chine et par l’issue incertaine des négociations qui opposent l’administration Trump aux Chinois et à la majorité démocrate de la Chambre des Représentants. L’euphorie du mois de janvier devrait prochainement faire place à une évolution plus hésitante des actifs risqués.

"Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 
 

AGEFI

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