Marchés: Vous avez dit «FoMO»?

lundi, 27.05.2019

«Fear of missing out»: ce facteur psychologique pourrait venir au secours des fondamentaux.

Philippe Schindler*

Philippe Schindler, CIO, Heravest.

C'est une Lapalissade, les médias sociaux ont un impact croissant sur notre vie privée, sociale et professionnelle. Sans parler de certains résultats électoraux! Les sociologues ont théorisé le concept, dont découle le fameux anagramme FoMO (fear of missing out). Il s’agit de l’anxiété / frustration que nous développons (plus ou moins consciemment), à force de suivre «en direct et en continu» la vie des autres sur les différents réseaux sociaux. 

À n’en pas douter, ces médias sociaux influent aussi nos processus d'investissement. La version financière du FoMO ce n’est rien d’autre que la perte d’opportunité ressentie, pour être resté cash, lors de la hausse de tel ou tel actif. Certes, ce phénomène est plus répandu aux États-Unis (voire en Chine / en Corée du Sud), où la culture de l'investissement (en actions) est plus largement ancrée. Concrètement, le phénomène des «plates-formes sociales de négoce d'actions» s’est développé ces dernières années aux États-Unis, à l’instar des sites Web comme E-Toro, ZuluTrade, Naga-Trader, etc... Ils permettent d’accéder, avec un petit décalage temporel de quelques semaines, aux portefeuilles de célèbres investisseurs.

L’objectif de ces plateformes, c’est inciter à traiter en Bourse. Ce qui favorise, bien entendu, l’instinct grégaire mais ne saurait garantir la performance future. Au contraire serait-on tenté de dire. À titre d’illustration, les investisseurs privés américains, fortement sous-pondérés depuis la terrible crise financière de 2009, ont fini par revenir en masse sur les marchés des actions en 2018, juste avant les deux corrections du premier et quatrième trimestre. Après ces deux épisodes douloureux, ils ont à nouveau déserté les marchés boursiers début 2019 et observent maintenant désespérément leur récent rebond. Le vieil adage selon lequel il existe une relation inverse entre taux d’activité (fréquence des opérations) et performance des portefeuilles aurait-il été oublié par les nouvelles générations d’investisseurs?

Il est aisé de critiquer le manque de maturité des investisseurs privés, pro-cycliques par nature. Chose plus intéressante, les investisseurs institutionnels ne semblent pas à l’abri de ce syndrome, mais pour des raisons bien différentes.  Selon les dernières statistiques, une majorité d'investisseurs professionnels (fonds de pension, grands gestionnaires de fonds de placement, etc.) ont réduit les risques et sont sous-pondérés depuis décembre / janvier dernier. Ils le sont restés jusqu'à aujourd’hui.

Par conséquent, seule une très petite frange d’investisseurs professionnels, agiles, a tiré parti de la récente reprise des actifs. Parmi les institutions, les Hedge-Funds ont clairement manqué le coche et maintenu leur exposition (disons leur bêta) bien en-dessous de la normale. On sait que lorsque cette sous-performance dure plus d’un trimestre, il s’ensuit une autre forme de syndrome FoMO, liée à des facteurs commerciaux et au risque de carrière. En effet, les détenteurs de produits financiers qui sous-performent, les vendent. Les gestionnaires peu performants subissent alors la pression de leur hiérarchie et risquent à la limite d'être licenciés si cela dure trop longtemps. Les actifs que ces investisseurs institutionnels représentent sont colossaux; ils pourraient influencer les marchés prochainement.

Les préconditions se mettent en place pour le retour des établissements sous-pondérés sur les actifs risqués. Chose intéressante, cela arrive au moment même où l’incertitude géopolitique et les tensions commerciales ré-augmentent. On le comprend, ces flux «de rattrapage» pourraient - temporairement - soutenir les actifs risqués. Dans un scénario plus euphorique, c’est-à-dire d’emballement des actifs risqués grâce à ces flux, il conviendrait de réduire les risques et de prendre des profits. La complaisance n’est jamais bonne conseillère!

* CIO, Heravest





 
 
 

AGEFI

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