Credit Suisse: de la filature d'Iqbal Khan à la démission de Tidjane Thiam

vendredi, 07.02.2020

Tidjane Thiam a démissionné de son poste de directeur de Credit Suisse. De l'espionnage aux protestations des actionnaires, retour sur le feuilleton de l'affaire dite des filatures.

Marine Humbert

Tidjane Thiam quittera la banque Credit Suisse le 14 février.(Keystone)

L'affaire des filatures au sein de Credit Suisse débute le 17 septembre 2019. Iqbal Khan, 43 ans, ancienne étoile montante de la banque aux deux voiles et engagé en août chez le concurrent UBS, est suivi en voiture depuis son domicile à Zurich par trois détectives de l'agence Investigo. Le banquier de 43 ans les a remarqués et les a photographiés. Une dispute a ensuite éclaté quand les trois hommes ont essayé de s'emparer de son téléphone portable, sans y parvenir. Ces derniers ont réussi à s'enfuir, mais ont été retrouvés et arrêtés par la police.

L’affaire éclate aux yeux de tous le 20 septembre 2019. Inside Paradeplatz révèle que c’est Credit Suisse qui a mandaté les trois détectives privés pour suivre Iqbal Khan. L’ancien employeur de M. Khan voulait découvrir si le banquier aux origines pakistanaises cherchait à débaucher des ex-collègues.

Le Ministère public zurichois ouvre alors une enquête suite à une plainte déposée par M. Khan lui-même.

La presse alémanique s’empare de l’histoire et donne un tour personnel à la démission d’Iqbal Khan. Une dispute entre Iqbal Khan et Tidjane Thiam ayant eu lieu au domicile de ce dernier au mois de janvier est révélée. 

Le 23 septembre 2019, Credit Suisse dénonce une présentation des faits "sensationnaliste" par les médias et annonce une enquête indépendante. Les conclusions ne tardent pas à arriver.

Le lendemain, on apprend le suicide en septembre d’un homme ayant servi d’intermédiaire entre les commanditaires de Credit Suisse et Investigo, l’agence de détectives chargée de suivre Iqbal Khan.

Responsabilité de Thiam écartée 

En octobre, les conclusions de l’enquête de Credit Suisse tombent: la banque annonce la démission de deux hauts cadres: Pierre-Olivier Bouée, directeur des opérations, et Remo Boccali, le chef de la sécurité, désignés comme les seuls responsables de cette opération de surveillance ratée.

Selon la banque, son directeur Tidjane Thiam n’a pas ordonné la surveillance, ni été tenu au courant de son déroulement. Il continue d’avoir la confiance totale et le soutien du conseil d’administration.

A noter que dans son rapport, le cabinet Homburger indique qu’il n’a pas pu accéder aux éléments contenus dans le dossier de police, ni à certaines conversations privées qui ont été effacées.

Les révélations continuent. La NZZ indique que le directeur des ressources humaines Peter Goerke avait également fait l'objet d'une surveillance entre le 20 et le 22 février 2019. La banque Credit Suisse confirme l'information. L'autorité fédérale de surveillance des marchés infnanciers (FINMA) ouvre une enquête pour faire la lumière sur ces pratiques.

Greenpeace dans le viseur

L'affaire de surveillance qui semblait ne pas dépasser les employés de la banque à deux voiles prend une autre tournure début février. L'organisation écologiste Greenpeace aurait également été visée. Le SonntagsZeitung affirme que l'ancien directeur des opérations de Credit Suisse avait fait infiltrer Greenpeace pour tenter d'obtenir la liste des actions prévues contre la banque et lui permettre d'organiser la riposte.

Pour rappel, en 2017, l'organisation écologiste avait pris la banque par surprise durant son assemblée générale. Des militants s'étaient introduits dans le bâtiment et avaient déployé une large banderole pour protester contre un projet d'oléoduc controversé aux Etats-Unis au moment où le directeur général débutait sa présentation des comptes annuels.

Suite à ces révélations, la pression s’intensifie autour du président de Crédit Suisse, Urs Rohner. Plusieurs actionnaires estiment qu’il doit renoncer à un nouveau mandat s’il ne soutient pas publiquement Tidjane Thiam. 

Urs Rohner poussé vers la sortie

Selon un courrier adressé en date du 3 février par M. Herro au conseil d’administration de Credit Suisse, dont le site The Market affirme disposer, Harris Associates a suivi avec beaucoup d’inquiétude les révélations des médias concernant la banque de la Paradeplatz. M. Herro exigeait de l’organe de surveillance et de son président Urs Rohner qu’il exprime publiquement sa confiance en Tidjane Thiam.

Pour Harris Associates, remplacer le Franco-Ivoirien, lequel dirige l’établissement depuis bientôt cinq ans et l’»a transformé de manière si positive» représenterait une grossière erreur. Dans un entretien avec The Market, M. Herro a même constaté qu’Urs Rohner tentait apparemment de démettre Tidjane Thiam de ses fonctions. Le responsable de la société d’investissements affirmait alors qu’il ne tolérerait aucune action en ce sens du président.

Autre actionnaire conséquent de Credit Suisse, Silchester International Investors, lequel revendique une participation de 3,3% dans l’établissement, estimait également ces derniers jours que le président devait renoncer à solliciter un nouveau mandat s’il ne voulait pas soutenir publiquement Tidjane Thiam.

Jeudi, la fondation Ethos venait mettre son grain de sel dans le duel au sein des instances dirigeantes de la grande banque Credit Suisse. Le directeur de la fondation, Vincent Kaufmann, appelait également à la démission d'Urs Rohner dans une interview jeudi à l'agence Reuters.

Des appels qui n'ont pas été entendus par les concernés, le président suisse Urs Rohner aurait réussi son coup, planifié depuis des mois. Tidjane Thiam quittera la banque le 14 février.

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AGEFI

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