Frédéric Dreyer: "Nos entreprises ont un besoin vital de sources de financement"

mercredi, 22.04.2020

Selon Frédéric Dreyer, coach Innosuisse et platinn, le prêt Covid-19 est un pansement, qui peut mener au surendettement. Il faut trouver des alternatives au capital-risque manquant. Interview.

Elsa Floret

Frédric Dreyer. Coach Innosuisse et platinn pour les start-up et PME.

Pour pallier le manque de capital-risque en Suisse en période de crise sanitaire aiguë, de nouvelles formes d’investissement apparaissent. Qu’elles impliquent l’Etat, comme l’idée d’un fonds souverain émis par la Confédération ou le secteur privé, comme les prêts entre les entreprises et les start-up (B2B crowdfunding/crowdlending), elles permettront de préserver la force vive constituée par les entreprises innovantes et les start-up.
 
Certes, les prêts à taux zéro existent et dans l’urgence, ils sont utiles, mais le prêt Covid-19 agit comme un pansement, qui peut mener au surendettement, selon Frédéric Dreyer, coach Innosuisse et platinn pour les start-up et PME.
 
Le milieu économique, de l’entreprenariat: start-up, microentreprises, PME, sont à la fois dans une expectative d’actions supplémentaires de la part de la Confédération au-delà des prêts COVID-19 (créant un risque de surendettement sans réelle vision des taux qui seront pratiqués, dès 2021…).
 
Ce sont les observations de Frédéric Dreyer, dans ses missions d’accompagnements de start-up actives dans les technologies digitales dont cybersécurité, blockchain, intelligence artificielle dans le cadre de l’autonomisation des processus de production.
 
Interview de Frédéric Dreyer, mentor et coach pour les start-up et PME, accrédité par les institutions fédéraux Innosuisse dans le cadre de mentoring de start-up et PME de montage de projets innovants en partenariat avec le tissu académique helvétique et intercantonaux Platinn sur des sujets de développement d’affaires et opportunités marchés.

Quid des solutions pour assurer la reprise des levées de fonds, face à l’absence d’investisseurs: un rôle de l’Etat ou de la Confédération vis-à-vis des porteurs de projets, soit un fonds souverain à l’innovation, capital-risque pur?
 
A l’image de la France qui dédie un fonds souverain d’innovation de 4 milliards pour ses start-up, la Confédération a un rôle crucial à jouer dans le capital-risque public. Certes à fonds perdu, mais cette aide constitue un des rares moyens pour conserver cette force vive, que constitue le vivier de start-up. Des discussions politiques sont en cours.
Il ne faut pas oublier que, si les PME (moins de 250 salariés) constituent l’immense majorité de notre tissu économique (99%), les start-up, en petit nombre (quelques milliers), contribuent à l’emploi futur de haute valeur ajoutée.
 
Une autre solution de soutien aux start-up et PME serait le relais du privé, pour pallier le manque de capital-risque et la disparition des investisseurs internationaux.
 
Absolument. La Suisse regorge de très belles entités productives dans un domaine précis. Elles peuvent s’associer à une autre industrie pour une collaboration, sous forme de joint-venture par exemple.

Dans les entreprises que je coache, c’est le cas notamment d’une belle maison horlogère, qui souhaite s’associer aux secteurs de l’aéronautique et/ou médical, afin de mettre à disposition ses ressources et compétences. Comme lors de la crise de 2008/2009, les entreprises cherchent à diversifier leurs portefeuilles de clients au niveau sectoriel, afin d’assurer leur pérennité.

De plus, les entreprises se coordonnent et s’auto-organisent pour assurer une continuité de leur marche des affaires. Telle que la start-up Cogito Instruments qui propose une solution technologique d’inspection par machine learning à faibles réseaux neuronaux et auto-apprenants. Des technologies telles que celle-ci, qui sont des briques qui permettront de d’accompagner et de booster la digitalisation de l’économie, de leurs processus et rendre leur chaîne de valeurs beaucoup plus agile et en circuit court.

Afin d’assurer le dernier «kilomètre» de personnalisation de leur produit, Cogito Instruments travaille avec un réseau d’entreprises d’experts genevois, tel qu’Angara Technology, incubé au sein de l’incubateur Pulse des HES-SO. Angara qui a d’ailleurs développé en urgence des respirateurs avec un réseau d’acteurs genevois pour les HUG.

Quid du crowndfunding d’industriel à industriel (B2B crowndfunding)?
 
C’est une solution en plein essor. A Genève, Vincent Pignon et son équipe de WeCan Group proposent ce type de plateforme de crowndfunding/crowndlending, dont un cas concret est la plateforme des SIG, SIG-Impact. Avec un programme solidaire, dans le cadre de la crise du Covid19: «Restons solidaires, soutenons l'économie locale!» (https://www.sig-impact.ch/projets/).
 
Grâce à l’intelligence collective et participative, le développement de plateforme de crowdfunding B2B s’accélère. Le crowdfunding a évolué de dons basés sur un projet sur Kickstarter vers une préférence pour le financement par des entreprises, de pair-à-pair, (tout comme l’est la mise au domaine du crédit collectif ou crowdlending, avec comme objectif de rapprocher les entreprises individuelles et les PME et les investisseurs et bailleurs de fonds).
Une solution très appropriée dans le cadre de la situation actuelle où les investisseurs se sont désengagés de leur intentions.
 
Cela ressemble à du capital-risque projet où un des industriels en quête de solution devient partie prenante d’une seconde entreprise, elle-même fournisseur de solution. On peut appliquer ce modèle aux start-up et aux micro-entreprises.
 
Vous êtes coach Innosuisse. Comment le fonds d’innovation de 220 millions d’Innosuisse adapte son soutien aux entreprises touchées par cette crise sanitaire majeure?

Durant cette période «compliquée», Innosuisse reste très active et continue à stimuler l’innovation via des fonds alloués à la recherche applicative.

Le fonds Innosuisse soutient les projets de développement de start-up via des partenariats avec le monde académique, comme par exemple l’EPFL, qui les aide à se financer.

Pourquoi ne pas imaginer que ce fonds Innosuisse – à l’instar de ce que l’ancien parlementaire Fathi Derder propose – aille directement aux start-up?  Ces start-up qui sont souvent issues de ces mêmes académiques (spin-off) ou anciens étudiants qui ont la capacité en tant que jeunes pousses et talents à booster et rendre plus efficient le système économique via l’innovation technologique de produits ou services.
 
Dans vos missions d’accompagnements de PME sur diverses stratégies de reprises post-COVID19, qu’observez-vous et quels conseils donnez-vous en priorité?
 
Une lutte pour leur survie, dans un grand nombre de cas. Par analogie avec le monde médical, je dirais que nous sommes dans une gare de tri où il faut arbitrer entre les patients à soigner et les autres; entre les entreprises à mettre sous perfusion (les prêts) et les autres.
 
Je suggère de profiter de cette crise pour réaliser un audit complet de l’économie suisse, avec des données qualitatives, afin de trouver les bons axes, les bons leviers: est-ce du capital, du coaching, des aides à l’intégration de nouvelles technologies dont les entreprises ont vraiment besoin? C’est ce niveau de granularité qui manque cruellement aujourd’hui.
 
En quoi demain sera-t-il différent d’aujourd’hui?
 
La pérennité des entreprises passera inévitablement par l’étape «se réinventer & innover», aussi bien sur son modèle d’affaire (marchés, proposition de valeurs, expériences clients…), son organisation (gouvernance, conseil d’administration, plans de gestions de crises, manière de travailler, manager les équipes), et ses valeurs (éthiques, développements durables, impacts positifs…).
 
Quid de l'inclusivité et de l'intelligence collective au service de la reprise économique helvétique?
 
L’intelligence collective - et avec l’IA, on parle d’intelligence collective «augmentée» -  
n’a jamais autant pris de sens dans cette notion d’urgence, pour preuve le nombre de challenges, hachaktons dont le dernier qui a mobilisé plus de 260 équipes, supportées par des dizaines de partenaires de tous horizons, publics, privés, industries, art, culture,... 14 thématiques et qui ont abouti sur 42 projets qui seront considérés (https://www.fr.versusvirus.ch/).
 
Il est crucial de cartographier quelles sont les compétences de notre tissu économique, académiques, citoyennes selon différentes métriques (technologies, expertises humaines, formations, parc de production, marchés…) et ce de manière dynamique. De ces données correctement exploitées (via de l’IA), un matchmaking pourrait être réalisé, afin de relier les compétences nécessaires aux cas présentés, le TINDER générateur d’écosystème économique. Ne plus travailler en silo, mais en réelle chaîne de valeur via l’intelligence collective.
 
Etes-vous optimiste?
 
Oui! La Suisse est un écosystème unique au monde entre des universités et hautes écoles multi sectorielles, des spin-off et start-up disruptives et innovantes, des PME aux technicités aux produits et services de hautes valeurs ajoutées, le berceau des ONGs…
 
Cet écosystème gagnerait à être encore plus performant grâce à l’indisciplinarité, au-delà de l’interdisciplinarité, l’idée de mélanger des univers, secteurs, mondes qui n’ont pas l’habitude d’échanger peut permettre de cocréer des solutions innovantes et de se réinventer. Pour preuve l’initiative genevoise Hiflow, dont je suis membre du comité de pilotage qui a pour vocation d’être un lieu de convergence entre l’art, l’industrie et les technologies.






 
 
 
 

AGEFI

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