Kesz Valdez: d’enfant des rues à l’International Children’s Peace Prize

mercredi, 11.12.2019

Recevoir des soins et une éducation nous apportent la sécurité nécessaire pour oser entreprendre et réaliser nos rêves.

Kesz, où avez-vous grandi?

Je suis né à Cavite City, une petite ville des Philippines entourée par la mer. La plupart des gens y vivent de la pêche. La communauté y est très diversifiée, avec différentes classes sociales. Certaines personnes sont riches, d’autres font partie de la classe moyenne et d’autres sont pauvres. Il y a beaucoup de gens pauvres et d’enfants des rues dans mon quartier ; c’est une des raisons pour laquelle j’ai créé mon organisation appelée «Championing Community Children» dont le but est de soutenir les enfants des rues dans les quartiers pauvres.

Quel a été l’événement déclencheur pour créer votre propre organisation humanitaire?

J’ai été moi-même un enfant des rues et je ramassais des déchets pour gagner de l’argent. Une nuit, j’ai été victime d’un accident. J’attendais le camion des ordures lorsque d’autres enfants se sont rués vers ce camion. Un des enfants m’a poussé dans un tas de pneus en flammes. C’est alors que j’ai rencontré Monsieur Harnin, un travailleur social, qui m’a pris sous son aile ; je l’appelle affectueusement «Tatz», car je le considère comme mon propre père. Il m’a aimé et s’est occupé de moi lorsque j’en avais besoin. Ensuite, j’ai voulu en faire de même pour d’autres enfants qui eux vivent encore dans la rue.

Vous avez reçu à 14 ans l’International Children’s Peace Prize, à quel âge avez-vous débuté votre activité?

J’avais 7 ans lorsque j’ai eu cette idée, donc j’étais très petit à l’époque. J’avais simplement et vraiment envie d’aider mes amis qui vivaient dans la rue pour qu’ils en sortent.

Comment peut-on structurer notre engagement si jeune et sans ressources financières? 

Tatz m’a guidé et m’a aidé à établir mon organisation, certains de mes amis m’ont également apporté leur aide.

Quelle a été la plus grande difficulté rencontrée pour la création de votre ONG?

Au tout début, nous avons dû surmonter de nombreuses difficultés, principalement le manque de ressources humaines. Le plus difficile est de trouver des gens prêts à s’engager bénévolement, de consacrer du temps pour les autres sans en tirer de revenu. L’autre souci est, comme pour toutes les organisations, de trouver les fonds nécessaires pour développer nos idées. 

Comment votre organisation s’est-elle développée depuis sa création?

Au cours de ces dernières années, l’organisation «Championing Community Children», appelée aussi «C3», a fait beaucoup de chemin. En ce qui concerne les forces de travail, nous avons beaucoup plus de volontaires qu’avant ; ils s’investissent et travaillent beaucoup. Nous avons également des projets que nous répétons d’année en année et qui sont soutenus par des entreprises et des particuliers. Nous avons distribué plus de 10.000 cadeaux «HOPE» dans le monde entier, dans 25 collectivités pauvres.

Aujourd’hui l’usage des réseaux sociaux est au cœur de la mobilisation des Millennials? Est-ce l’un de vos leviers?

Oui, pour notre génération les réseaux sociaux sont une clé essentielle pour la promotion de notre organisation. Ils nous servent aussi à inviter et encourager les personnes à la rejoindre. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont l’outil le plus simple pour atteindre les personnes qui vont nous permettre de développer notre organisation.

Selon vous quelles qualités sont nécessaires pour gérer un projet humanitaire de manière efficace et durable?

A mon avis, ceci réside principalement dans la capacité à gérer et guider les individus qui en font partie. Pour gérer une mission caritative, il faut avant tout savoir exprimer notre vision de manière adéquate afin de pouvoir atteindre ce but commun ensemble, avec ceux qui sont prêts à s’y investir. En deuxième lieu, toutes les personnes impliquées doivent savoir quel objectif précis nous désirons atteindre. Chacun doit savoir pourquoi il fait ce qu’il fait. La motivation, l’efficacité, la compréhension des enjeux sont les clés si on veut pérenniser un projet. Tout repose sur les individus et la collectivité qu’on est capable de créer et de maintenir.

D’un point de vue personnel, quelle est votre plus belle récompense?

Personnellement, ma plus grande récompense est d’améliorer la vie des enfants et de les voir sourire et jouer. Je suis fier d’avoir pu réaliser cela avec l’aide de mes amis et de tous les volontaires. Cette chose simple que nous faisons pour autrui peut faire la différence, en touchant un cœur à la fois. Les voir heureux nous rend heureux et profondément satisfaits; tout le dur travail est récompensé. C’est ma plus grande récompense.

Quelle est à ce jour votre plus belle expérience?

Ma plus belle expérience est de pouvoir voyager dans le monde entier. J’aime beaucoup ça. Je partage mon histoire et encourage les gens à améliorer les choses, à leur manière.

Y a-t-il des personnalités qui vous inspirent?

Oui, de nombreuses personnalités m’inspirent beaucoup. L’une d’entre elles est ma co-récipiendaire Malala Yousafzai qui se bat pour l’éducation des femmes. Elle est très courageuse malgré ce qu’elle a vécu par le passé. C’est une femme incroyable qui est réellement passionnée par l’éducation.

Quelle est votre plus grande fierté à travers ce parcours?

Etre dans ma situation actuelle est ma plus grande fierté. J’ai la chance d’avoir atteint mon but à un âge très jeune et je suis fier de connaître des personnes qui me soutiennent en cas de besoin, des personnes proches sur lesquelles je peux compter. Ils sont mes héros méconnus. Aujourd’hui, grâce au soutien de KidsRights, j’ai la chance de pouvoir poursuivre mes études aux Pays-Bas et de mettre mon expérience à profit pour développer C3.

Quels sont vos rêves aujourd’hui à 20 ans?

Aujourd’hui, à 20 ans, mes rêves sont de voyager dans le monde entier, d’explorer de nouvelles cultures et en même temps de faire connaître mon ONG afin d’étendre l’aide dans les pays les plus pauvres.

Les jeunes manifestent un grand souci vis-à-vis de l’environnement. Est-ce selon vous la cause qui prédominera ces prochaines années? 

Il se passe beaucoup de choses dans le monde en ce moment, mais à mon sens nous devrions privilégier notre soutien aux jeunes, qui sont la source de tous les changements possibles à venir. De nombreux jeunes des rues ne reçoivent pas de soins de santé convenables. Les éduquer quant à leurs droits est un sujet important qui doit être traité au niveau mondial afin que ces jeunes puissent se protéger contre les dangers environnants tout d’abord mais aussi pour acquérir cette sécurité qui nous permet d’avancer, d’entreprendre, de réaliser ce qui nous tient au cœur.

Avez-vous un message à l’attention des Millennials suisses?

Mon message pour les jeunes de mon âge en Suisse est le suivant: si vous voyez qu’il faut faire quelque chose, s’il vous plaît faites-le, à votre mesure, car ce sont de petites actions qui fournissent de grands changements par un effet de ricochet. N’oubliez jamais que votre âge et votre statut social, que vous soyez riche ou pauvre, ne vous empêchent pas de faire la différence, à votre manière! Agissez et impactez sur le monde qui vous entoure.

Championing Community Children

Fondée en 2006, l’organisation de Kesz Valdez vient en aide aux enfants des rues en leur remettant des «Gifts of Hope», des paquets contenant des jouets, des vêtements, des produits d’hygiène et des gourmandises. Plus d’un millier de boxes sont distribuées chaque année. Les volontaires visent également à apporter aux jeunes des rues des informations portant sur leurs droits ainsi que sur l’acquisition de gestes d’hygiène simples au quotidien.

Pour soutenir l’organisation de Kesz Valdez: https://kidsrights.org/Kesz-Valdez#donate





 
 
 
 

AGEFI

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