Un mur virtuel à la frontière américaine?

jeudi, 10.01.2019

Quelques rares start-up travaillent sur des technologies destinées à devenir des outils de surveillance frontalière. Présente au CES de Las Vegas, Quanergy veut construire un mur virtuel à la frontière américaine.

"Nous proposons une solution qui a davantage de capacités qu'un mur physique", affirme Louay Eldada, à la tête de la startup américaine, venue au CES montrer son système.

La technologie viendra-t-elle au secours de la politique américaine? C'est ce qu'espèrent une poignée de startups, qui travaillent à un "mur" virtuel pour surveiller la frontière des Etats-Unis avec le Mexique, le long de laquelle Donald Trump veut à tout prix construire un mur à plusieurs milliards de dollars. 

Au salon CES de Las Vegas, grand messe annuelle du monde de la tech, Quanergy est l'une d'elles. La société compte parmi les rares à travailler sur le "Lidar", une technologie utilisée dans la conduite autonome, comme outil de surveillance frontalière et donc de lutte contre l'immigration clandestine. 

"Nous proposons une solution qui a davantage de capacités qu'un mur physique", affirme Louay Eldada, à la tête de la startup américaine, venue au CES montrer son système, testée à la frontière indo-pakistanaise et sur une petite portion de celle séparant les Etats-Unis du Mexique.   

Moins coûteux et avec un impact environnemental moindre, un mur virtuel à base de radars, capteurs et caméras pourrait donc théoriquement offrir une piste pour résoudre le bras de fer politique opposant le président américain aux parlementaires démocrates, qui refusent de débloquer des fonds pour ce qu'ils qualifient de solution "médiévale". 

Pointage laser

Ce conflit entraîne depuis 19 jours un "shutdown" qui paralyse partiellement les administrations fédérales, faute d'accord sur le budget. Dans une allocution solennelle mardi soir, Donald Trump a insisté, réclamant 5,7 milliards de dollars pour construire une "barrière en acier", évoquant clandestins et trafic de drogue. 

Grâce au Lidar, qui détecte la lumière et mesure les distances grâce à un pointage laser, le système de Quanergy "peut voir jour et nuit, quelle que soit la météo, et peut automatiquement repérer les intrus et donner leur position GPS aux forces de l'ordre", vante Louay Eldada. 

Coté prix, "on parle, nous, d'un milliard et demi de dollars pour toute la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, ce qui est beaucoup moins que l'estimation la moins chère pour la construction d'un vrai mur, 5 milliards. On a même parlé de 30 milliards, de 70 milliards à un moment", poursuit le chef d'entreprise. 

Autres atouts, selon ses promoteurs, une frontière virtuelle sur les près de 3.200 km qui séparent les Etats-Unis du Mexique reviendrait moins cher en termes de fonctionnement et ne viendrait pas balafrer le paysage, ni perturber l'écosystème. Et donc, "pas besoin d'avoir des patrouilles qui circulent le long de la frontière", dit encore M. Eldada en montrant sur un écran des exemples de cartes et d'images en 3D de zones surveillées. 

Le gouvernement américain a annulé un projet de clôture électronique il y a une dizaine d'années, le système étant jugé insuffisamment efficace.  C'est précisément le développement du Lidar et de l'intelligence artificielle qui permet aujourd'hui d'avoir un système qui marche, assure le patron de Quanergy, en particulier parce que le Lidar permet de "voir" loin. Ainsi, "on peut voir comment se déplace une personne et déterminer si c'est un policier ou quelqu'un qui s'apprête à franchir la frontière illégalement", dit-il encore, tout en refusant de s'aventurer sur le terrain politique lorsqu'on l'interroge sur l'actualité. 

Une autre startup américaine, Anduril, travaille elle aussi sur la surveillance des frontières, un sujet hautement sensible pour la Silicon Valley, qui penche traditionnellement plutôt coté démocrate et préfère en général rester en retrait, ou à tout le moins fort discrète, quant aux usages de ses technologies par les forces de l'ordre ou les gouvernements. 

Google ou Amazon ont récemment été vivement critiqués pour leur collaboration avec les autorités militaires ou policières (drones, reconnaissance faciale...). Sous la pression, Google a même renoncé en octobre à concourir à un énorme contrat avec le ministère de la Défense américain.(afp)

>> Retrouvez notre dossier complet consacré au CES de Las Vegas





 
 
 
 

AGEFI

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