Dix bonnes nouvelles de l'industrie suisse du jeu vidéo

mardi, 09.06.2020

L’univers vidéoludique suisse traverse une période de morosité, coronavirus oblige. Malgré tout, ses acteurs continuent de démontrer leur inventivité et leur résilience. La preuve, en dix bonnes nouvelles.

Sophie Marenne

Des jeunes testent des jeux au Numérik Games. (Keystone)

L’industrie du jeu vidéo s’est montrée particulièrement résiliente face à la pandémie de Covid-19. Selon le World Economic Forum, ses ventes sur 50 marchés clés ont augmenté de 63% en ce début d’année. Les opus sortis pendant la pandémie ont bien fonctionné, notamment l’horrifiant Doom Eternal ou l’apaisant Animal Crossing. Mais ce sont là des colosses internationaux.

«Au niveau suisse, nous manquons encore de recul pour tirer des conclusions. Mais nous observons plutôt des effets négatifs», commente Yannick Rochat, cofondateur du GameLab de l’Université de Lausanne (Unil). Certaines levées de fonds ont dû être repoussées, comme celle du studio lausannois Furinkazan pour le titre Opticale. Des retards de production sont observés car certains tests ne peuvent pas s’effectuer à distance.

Mais le coup le plus dur pour l’écosystème vidéoludique helvétique est porté par l’événementiel. «Nous avons tous grincé des dents quand la Gamescom de Cologne est tombée. Des studios avaient aussi prévu de se rendre au Bitsummit de Kyôto.
Ces lieux de rencontres sont indispensables aux petites équipes car elles y tissent des liens essentiels avec les éditeurs et investisseurs», souligne David Javet, également chercheur à l’Unil et membre du conseil d’administration de l’Association suisse des développeurs de jeux vidéo (SGDA). «Ce ralentissement économique se muera peut-être en un vide créatif à plus long terme, conséquence directe des mois de paralysie», décrit-il.
L’empreinte du Covid-19 marque donc l’industrie suisse du jeu vidéo mais le semi-confinement n’a pas empêché ses acteurs d’être actifs et de multiplier les prouesses. L’Agefi a sélectionné dix bonnes nouvelles vidéoludiques, témoins de la qualité et de la solidité de ce jeune secteur.

1. Unrailed mis en lumière au Taipei Game Show

Spin-off de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, le tout jeune studio Indoor Astronaut vient de voir son jeu Unrailed remporter le prix Best Innovation au Taipei Game Show. Ce salon, l’un des plus importants d’Asie, rassemble plus de 320.000 visiteurs en temps normal. La cérémonie de remise des prix s’est déroulée en ligne ce samedi et a couronné sept studios dont le Zurichois créé en 2018. Le jeu de construction de voie ferrée Unrailed invite les joueurs à coopérer pour tenter de contrôler un train justement incontrôlable.

2. Monorail Stories désigné meilleur jeu indé sur Twitter

L’initiative #PitchYaGame a réuni plus de 6800 contributeurs qui ont partagé plus de 12.500 messages avec le hashtag adéquat sur Twitter. Son but: promouvoir le travail de développeurs indépendants à travers le globe en les invitant à présenter leur jeu en moins de 280 caractères. Le 1er juin, l’équipe de #PitchYaGame a désigné Monorail Stories du studio tessinois Stelex Software grand vainqueur du Best Twitter Pitch Award, parmi des milliers de tweets. Né en 2004, le petit studio est piloté par le couple Stefano et Tania Maccarinelli. «Nous ne nous attendions pas du tout à remporter cette toute nouvelle compétition d’envergure mondiale. Ce prix résonne comme une confirmation de la direction que nous avons prise. Grâce à lui, nous avons également été contactés par plusieurs éditeurs», se réjouit le fondateur de Stelex Software.

Le studio basé dans la vallée de la Maggia lancera une campagne Kickstarter la semaine prochaine pour financer son jeu dont la bande-annonce montre un univers en pixel-art, à l’ancienne. Monorail Stories sortira l'an prochain sur PC, Mac et Nintendo Switch. Avec ses visuels minimalistes, il met en scène un univers où deux personnages voyagent chaque jour sur le même monorail mais à des moments différents et dans des directions opposées. De leurs choix et leurs rencontres dépend le reste de leurs aventures communes.

3. Nimbatus cartonne sur Steam

Fondé en 2016, le studio zurichois Stray Fawn a déjà deux jeux à son actif: Niche, un jeu de survie basé sur la génétique et Nimbatus. Ce titre s’est tout particulièrement fait remarquer lors de sa sortie sur la plateforme en ligne Steam, le 14 mai. En 36 heures, l’opus avait drainé plus de 12.000 téléchargements.

Dans ce jeu de simulation de construction de drone spatial, le joueur fabrique son propre appareil avant de partir en mission d’exploration de planètes. Multi-récompensé, Nimbatus a reçu un prix GDC Best in Play and GDC Pitch en 2018, et un Tencent Game Innovation Award en 2019.

4. Persephone dans la cohorte des International Mobile Gaming Awards

Depuis dix ans, les International Mobile Gaming Awards célèbrent les meilleurs jeux destinés aux smartphones. Cette année, la compétition a reçu plus de 500 candidatures venant de 64 pays. Parmi la centaine de finalistes sélectionnés: un jeu bullois. Développé par Momo-Pi, Persephone, un puzzle game coloré et poétique dans lequel l’héroïne cherche à atteindre les enfers, en se déplaçant ou en mourant. Il est disponible sur IOS and Android. A ses côtés, on retrouve aussi Stellar Commanders des Zurichois de Blindflug Studios.

5. DNA Studios aide les écoliers à intégrer les gestes sanitaires

A Bulle toujours, le studio gruyérien DNA Studios a collaboré avec le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture du Canton de Vaud pour produire CoronaQuest. Librement inspiré du renommé Hearthstone, ce jeu de cartes en ligne soutient les enfants dans leur apprentissage des gestes sanitaires. Le but de ce projet est de sensibiliser les élèves en vue d’un retour en classe serein. Dans leurs mains, leurs alliés: l’infirmier, la prof, le repos ou l’appel à un médecin. En face, le virus déploie des attaques comme la contamination, la toux, la peur ou la fatigue. Conçu en quelques jours, entre le 29 avril et le 9 mai, CoronaQuest se joue directement en ligne, sur le site web coronaquest.game.

6. Un Suisse dans l’aventure bienveillante du Wholesome Direct

Le développeur indépendant Aurel d'Agostino, plus connu sous le pseudonyme Paranoodle, a participé à l’aventure Wholesome Direct. Cette émission a présenté 55 jeux bienveillants sur YouTube, le 26 mai dernier. Le lien entre ces titres: la recherche d'expériences positives. Animé par huit membres de la communauté Wholesome Games, dont le développeur romand, la vidéo du «live» a déjà été vue par plus de 100.000 personnes. «C’était une expérience incroyable. Nous avions reçu des demandes de plus de 400 jeux lorsque nous avions évoqué l’idée de mettre ce showcase en place», raconte Aurel d'Agostino. Le direct a demandé environ deux mois de travail et était traduit en huit langues.

Le Fribourgeois habitant depuis peu dans le canton de Vaud bricole dans le monde du développement vidéoludique depuis 2013 et s’y est lancé plus sérieusement il y a un an et demi. Son projet, Sylvan Meadows, se situe à la croisée du jeu de rôles et de la simulation de village. «C’est pour moi l’occasion – en tant que personne autiste et non-binaire – de disposer d’un jeu où non seulement j'existe mais je fais partie de la norme: chose qui est difficile dans la vraie vie et complètement impensable dans le domaine du jeu vidéo.» Dans ce village sylvestre, le joueur peut se promener, se faire des amis et résoudre divers problèmes.

7. Les Numerik Games reviennent en novembre

Le festival de culture numérique d’Yverdon-les-Bains, qui fait la part belle aux jeux vidéo, a choisi de ne pas annuler sa cinquième édition mais de la reporter. Prévue du 28 au 30 août, elle se déroulera du 13 au 15 novembre avec pas mal d’aménagements, automne oblige. Renouant avec la toute première édition du festival, l’événement se déroulera au centre-ville. Il sera gratuit mettra en scène l’univers des monstres; des créatures qui s’animeront sur les façades des bâtiments alentour puisque la période sera propice à la peinture digitale.

8. Le Ludicious se maintient en ligne

Pas question d’annulation du côté du Zurich Game Festival. Dans l’impossibilité de tenir une édition physique, le Ludicious devient le Ludicious X: un événement numérique qui se concentre sur des conversations et des connexions de qualité. Grâce à Zoom, Discord et Meet To Match, les créateurs de jeux, éditeurs et joueurs pourront se retrouver virtuellement du 1er au 3 juillet.

9. Le SwissGames Showcase tend la main aux petits studios

Alors que les foires physiques ont été annulées en raison du Covid-19, Pro Helvetia a mis en place un programme de mentorat en ligne: le SwissGames Showcase. Son but: connecter les studios suisses indépendants au marché, malgré l’absence des grands salons. «Dans l'industrie des jeux vidéo, l'épidémie semble avoir eu le plus grand impact sur les petits studios indépendants qui forment aujourd’hui le pilier du game cluster Suisse», explique Sylvain Gardel, responsable du point fort Culture et Economie chez Pro Helvetia. «Or, la Suisse a un marché domestique trop restreint et dépend donc beaucoup de l’accès à l’industrie du jeu vidéo internationale.»

La liste des studios sélectionnés et des mentors qui leur sont associés sera dévoilée ce mardi. «Parmi la trentaine de candidatures reçues pour le SwissGames Showcase, notre panel d’experts a choisi ses préférées. Les mentors vont à présent coacher les studios, via des sessions en ligne, puis ils leur proposeront des introductions ciblées dans leurs réseaux», indique Sylvain Gardel.

10. Rendez-vous à Malmö

La délégation SwissGames Showcase aura l’opportunité d’être accompagnée à des foires à la fois online et offline, jusqu’à la fin de l’automne. L’équipe de Pro Helvetia croise les doigts pour pouvoir faire le déplacement à Malmö, pour la conférence Nordic Game. «Un excellent pivot pour le marché européen», selon Sylvain Gardel. Initialement planifié en mai, l’événement a été reporté au 25 à 27 novembre.
Lire aussi: GDC annulée: Pro Helvetia propose une alternative pour les studios suisses

>> Retrouvez ici notre dossier consacré à l'épidémie





 
 
 
 

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