Un «premier pas remarquable» de l'Etat de Vaud envers les jeux vidéo

lundi, 24.06.2019

Les studios du canton saluent unanimement la récente décision de leur attribuer 50.000 francs d’aide, sous la forme d’un appel à projets.

Sophie Marenne

Soufian Mahlouly, en compagnie de la conseillère d’Etat Nuria Gorrite et du conseiller fédéral Guy Parmelin. Selon le fondateur du studio Furinkazan, l’appel à projets de l’Etat de Vaud est la preuve de l’intérêt politique, public et médiatique envers l’industrie du jeu vidéo. (Denis Rouget)

La somme n’est pas énorme mais elle a le mérite d’exister: une enveloppe de 50.000 francs sera attribuée à la création de jeux vidéo par l’Etat de Vaud, en 2019. Annoncé mercredi, l’appel à projets a été lancé par le Service des affaires culturelles du Canton de Vaud (SERAC) dont le soutien annuel aux œuvres artistiques s’élève à 34 millions.

Reconnaissance appréciée

«Ce premier pas est tout à fait remarquable», commente David Javet, cofondateur du GameLab de l’Unil. «Evidemment, on peut toujours rêver de plus. Mais avec ce budget total, le jury aura la possibilité de distribuer des montants tout à fait honorables.» Si ces subsides ne suffiront pas au développement d’un jeu complet, ils donneront de beaux coups de pouce. «Imaginez un studio qui recevrait 20.000 francs en post-production. Il pourrait, par exemple, engager un spécialiste du marketing pour donner une meilleure visibilité à son produit.» 

Un avis partagé par Gabriel Sonderegger, CEO du studio Sunnyside Games qui emploie quinze collaborateurs: «A long terme, il faut espérer que des aides plus volumineuses naîtront. Mais même si seules de petites sommes seront décernées, elles seront bienvenues. Par ailleurs, cet appel à projets est une reconnaissance qui stimulera le marché local.»

Un son de cloche partagé par Soufian Mahlouly, fondateur du studio lausannois Furinkazan, d’une taille de huit personnes. S’il n’est pas encore tout à fait certain d’y postuler, il souligne l’intérêt des développeurs vaudois pour une telle opportunité. «Financièrement, cet appel à projets supportera les créateurs qui en ont besoin. Culturellement, il est la preuve de l’intérêt politique, public et médiatique envers l’industrie du jeu vidéo, ce qui est tout aussi encourageant.»  

Responsable marketing et communication du studio lausannois Ozwe, Alma Moya Losada complète: «A une période où les nouvelles technologies se démocratisent, les gouvernements se doivent de considérer notre champ d’activité novateur.» La société qui compte neuf collaborateurs est célèbre pour son shooter galactique en réalité virtuelle Anshar Wars. «Nous avons l'intention de préparer un projet qui, nous le pensons, plaira au canton de Vaud», dit-elle.  

Dispensée entre un ou plusieurs projets  

Le montant de 50.000 francs sera partagé entre les projets qui se démarqueront par leur originalité, leur créativité, leur stabilité technique et leur stratégie de mise sur le marché. Toute structure est invitée à poser sa candidature, peu importe à quelle étape en est son jeu vidéo: pré-production, production ou post-production. Par exemple, le studio Sunnyside Games hésite encore quant au projet à soumettre. «Soit ce sera pour le marketing de Towaga, notre jeu d’action pour mobile et Switch, soit ce sera pour la pré-production d’une nouveauté qui se déroulera dans un univers médiéval-fantastique coloré», décrit le fondateur de la firme lausannoise.

De même, Soufian Mahlouly s’appuiera sur un éventuel subside pour la commercialisation internationale de son jeu mobile d’exploration, nommé Opticale. Sélectionné par Google pour un programme d’applications à haut potentiel, il permet le passage vers un univers fantastique, peuplé de créatures étranges, grâce à la réalité augmentée et à la géolocalisation. «Notre objectif serait de soutenir le lancement international d’Opticale pour toucher un maximum de personnes, d’abord avec notre version anglophone, puis avec des versions dans d’autres langues ciblant d’autres parties du globe.»

Pour sa part, David Javet ne soumettra pas de candidature à cette bourse. Premièrement car Game & Wine – le dernier jeu créé par son collectif Tchagata Games – est terminé et a été lancé mi-mai; il est disponible gratuitement sur App Store et Google Play. Deuxièmement parce qu’il a été consultant sur la réalisation de l’appel à projets, aux côtés de Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs et du Numerik Games Festival yverdonnois. «Comme j’ai relu et adapté certains points, je préfère me mettre de côté, par respect de l’éthique. Par contre, je soutiendrai les studios, notamment les plus jeunes, afin de les aider à constituer de meilleurs dossiers», indique le développeur. Les candidats ont jusqu’au 26 juillet pour soumettre leur jeu vidéo. Les noms des lauréats seront dévoilés lors du Numerik Games Festival, fin août.

Vaud sur la deuxième marche du podium

A l’échelle du pays, les développeurs s’accordent à dire que canton idéal pour faire du jeu vidéo reste celui de Zurich. «C’est le centre de l’écosystème vidéo-ludique helvétique, au niveau du nombre de studios, d’artistes et de développeurs mais aussi au point de vue de l’offre de formation», décrit Gabriel Sonderegger. Dans cette course à la fois culturelle et économique, Vaud est sur la deuxième marche du podium. «Plusieurs studios y tirent leur épingle du jeu. En effet, les start-up de notre secteur peuvent bénéficier du large soutien de structures telles qu’Innovaud ou le Service de la promotion de l'économie et de l'innovation (SPEI)», explique Soufian Mahlouly. «Le biotope vidéo-ludique s’appuie aussi sur l’excellent niveau d’éducation de la région, grâce à ses universités et écoles de renom», ajoute Alma Moya Losada.

En outre, le canton est le premier à lancer un appel à projets dans cette industrie. «Avec cette proposition, Vaud est pionnier», martèle David Javet. «A Zurich, le milieu s’est battu pour instaurer une politique similaire et ça a été la débâcle.» En effet, en 2018, les Zurichois ont rejeté par 80,77% des voix une initiative demandant des subventions pour la production de jeux vidéo et le cinéma. «J’espère que Vaud sera un exemple pour Genève, Fribourg et le Valais», avance le développeur qui se prête à rêver d’un futur soutien intercantonal, voire romand.





 
 
 
 

AGEFI

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