3 questions à Alexandre Mars, fondateur d’Epic

lundi, 09.12.2019

Les solutions de dons développées par les grandes entreprises comptent surtout sur l’adhésion des collaborateurs ou des consommateurs.

Alexandre Mars*

Ne risque-t-on pas un désengagement de l’entreprise elle-même, qui valorise sa RSE sans mettre la main au porte-monnaie?

Chez Epic, lorsque nous développons des solutions avec les entreprises, telles que l’arrondi en caisse ou encore sur salaire, nos partenaires s’engagent à abonder les dons. C’est une action collective. Par ailleurs, il est important de noter que l’acte de donner reste optionnel et le montant du don doit rester indolore pour le donateur. C’est pourquoi l’arrondi sur salaire est par exemple un succès dans une entreprise comme Dior. Un an après sa mise en place, 22% des salariés ont accepté de jouer le jeu avec un don moyen de 3,54 euros et Dior abonde ces dons à son tour. Il existe aussi des solutions qui n’appellent pas forcément à la générosité des salariés ou des consommateurs. Par exemple, la Société Générale Corporate & Investment Banking, en partenariat avec Epic, a lancé une initiative solidaire permettant aux entreprises clientes de la banque de faire un don sur arrondi des opérations de change. La banque abonde les dons de ses clients. Une solution sur-mesure et innovante B to B. 

Les grandes entreprises se dotent pour la plupart de leur propre fondation afin de maîtriser leur ligne philanthropique. Cette démarche ne risque-t-elle pas de se faire aux dépends des organisations indépendantes qui voient leur potentiel en sponsoring diminuer?

Se doter d’une fondation d’entreprise n’a pas pour seul objectif de définir une ligne philanthropique. Les grandes entreprises sont de plus en plus nombreuses à prendre conscience que leurs employés, leurs clients, mais aussi leurs investisseurs, acceptent de moins en moins que les poumons économiques ne contribuent pas, à la hauteur de leurs responsabilités au bien commun. Elles savent qu’elles doivent accorder une place centrale au partage et à l’engagement, au-delà d’une simple politique RSE ou de mécénat, au risque demain d’avoir des difficultés. Par ailleurs, une fondation d’entreprise n’a pas vocation à remplacer et à concurrencer les ONG ou organisations sociales. 

Selon vous la capacité de mobilisation des Millennials les rend-elle plus impactante qu’une organisation classique?

Les Millennials sont une génération différente de la mienne. Ils sont la «We generation», la génération du «nous» alors que la mienne était celle du «je». Ces jeunes de 18 à 30 ans sont socialement engagés et se nourrissent des attentes différentes: ils refusent de plus en plus de consommer des marques qui ne cultivent pas d’impact social et refusent, quand ils peuvent se le permettre, de rejoindre des entreprises qui n’intègrent pas le bien social dans leurs opérations. Ces jeunes-là représenteront plus de la moitié de la population active en moins de trois ans. Leurs attentes créent forcément une réelle pression sur les entreprises qui doivent apprendre à partager leur succès pour rester pertinentes.

*Fondateur d’Epic et auteur de «La révolution du partage»





 
 
 
 

AGEFI

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