Cryptomonnaies: une réponse aux abus d’un système incontrôlable

mercredi, 13.12.2017

Les cryptomonnaies disposent de leur propre caractère révolutionnaire, qui concorde avec une montée croissante des populismes à l’international, et de l'incertitude. Ce n'est pas un hasard.

Peter Rosenstreich, Head of Market Strategy chez Swissquote.

Certes, la blockchain est une application extraordinairement avant-gardiste d’une flexibilité et d’une utilité époustouflantes. Souvent, nous tendons toutefois à oublier que les cryptomonnaies disposent de leur propre caractère révolutionnaire. Elles sont en train de véritablement bouleverser les marchés financiers, propulsées dans une folle spéculation. De mon point de vue, ce n’est pas une simple coïncidence si l’appréciation rapide et la généralisation de l’usage des monnaies alternatives concordent avec une montée croissante des populismes à l’international, la cause fondamentale étant partagée: les failles de notre système politico-économique.

Pour comprendre, il faut remonter plus de deux cents ans en arrière. La civilisation cherchait un moyen d’uniformiser les transactions et la monnaie papier se présenta comme la solution. Le secteur privé ne laissa pas aux gouvernements un contrôle total et absolu sur le nouveau système : on indexa les devises les plus échangées sur des matières premières comme l’or et l’argent. Cela empêchait en théorie les gouvernements de trop dépenser et maintenait l’inflation potentielle sous contrôle.

Toutefois, l’évolution des relations public-privé et la demande pour une base monétaire plus large, alimentée par la forte croissance, ont poussé les gouvernements à utiliser abusivement le crédit. Les États ont adopté une perception keynésienne des politiques publiques, estimant que seule la main de fer du gouvernement pouvait gérer l’économie. Par cette modification unilatérale de leur mandat, ils se sont dotés d’une cagnotte sans fond, dans laquelle ils ont rapidement commencé à puiser. Avec l’abandon de l’étalon-or, les devises mondiales ont dorénavant eu des cours flottants, un système de monnaie fiduciaire incontrôlable dont la valeur n’était plus associée à aucun actif réel.

Les abus des politiques monétaires ont redoublé après la crise financière de 2008. La Réserve fédérale américaine tout comme la Banque centrale européenne ont adopté des taux d’intérêt à zéro, voire négatifs, tout en élargissant leur bilan de plusieurs milliers de milliards de dollars. À travers le monde, les banques centrales ont ainsi émis près de 20 000 milliards de dollars, une indication claire du fait qu’il n’existait aucune limite au montant de monnaie-papier susceptible d’être imprimée. Les gens ont compris que la valeur de la monnaie-papier qu’ils avaient dans leurs poches était apparemment arbitraire, sous le contrôle de décideurs politiques.

Le système, devenu incohérent, choisit apparemment au hasard les gagnants et les perdants de ce jeu mondial. Or, l’histoire nous montre que lorsque les peuples perdent confiance dans leur gouvernement, la monnaie disparaît. S’ils redoutent une forte inflation, les individus transfèrent leurs fonds vers des actifs alternatifs qu’ils jugent plus stables et à même de préserver leur patrimoine. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Les devises alternatives comportent des risques et sont fortement volatiles, mais pour beaucoup elles sont une solution aux abus du système. Que ce soit au travers du bitcoin, du dash, du litecoin ou d’autres cryptomonnaies, de plus en plus de personnes vont chercher à sortir du monopole d’État sur la monnaie.





 
 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...