L’institut Confucius pourra être maintenu à la villa Rive-Belle à Genève

mardi, 16.07.2019

Le rectorat dont dépend l’institut Confucius a reçu en juin la confirmation du Conseil d’Etat. Attaché à l’université de Genève, l’institut est dirigé depuis sa création en 2011 par Basile Zimmermann, maître d’enseignement et de recherche. Interview.

Elsa Floret

Basile Zimmermann dirige l'institut Confucius à Genève depuis sa création en 2011.

L’institut Confucius pourra être maintenu à la villa Rive-Belle: le rectorat en a reçu confirmation du Conseil d’Etat, en juin. Historiquement, un courrier du Conseil d’Etat mettait gracieusement la villa à disposition de l’Université de Genève, pour une durée indéterminée, résiliable par l’Etat en cas de besoin justifié.
 
L’institut – installé à Genève et dirigé par Basile Zimmermann depuis sa création en 2011 – fait partie des 539 instituts Confucius dans le monde, soit le plus grand réseau du monde.
 
A Genève, la villa Rive-Belle – propriété du Canton - abrite un centre de recherche et d’enseignement interdisciplinaire sur la Chine contemporaine, avec un accent sur la diplomatie scientifique.
 
En l’espace de 8 ans, l’institut Confucius de l'Université de Genève, avec 9 collaborateurs (ETP) – dont 3 viennent de Chine et sont rémunérés par elle et 3 bénéficient d’une bourse doctorale – a accueilli 10 projets de recherche; 14 chercheurs invités; 49 conférences; 61 ateliers; 76 séminaires; 57 cours; 29 visites officielles; 86 événements; et a participé à 48 événements scientifiques externes.
 
Rencontre avec Basile Zimmermann, maître d’enseignement et de recherche et directeur de l’Institut Confucius de l'Université de Genève.

Manifestant un intérêt précoce pour la Chine et les nouvelles technologies, il est l'auteur de Waves and Forms (MIT Press, Inside Technology, 2015). Ses projets de recherche actuels portent sur l’anthropologie de l'innovation en Chine et au Moyen-Orient. Il est co-directeur du Citizen Cyberlab.


 
Vous dirigez l’institut Confucius depuis sa création en 2011 à Genève. Quel est votre bilan?
 
Un bilan extrêmement positif avec un niveau élevé pour tous les évènements que nous organisons, validés par le rectorat. Nous faisons venir des professeurs d'institutions prestigieuses, comme Harvard, Cambridge, Max Planck, ou le CNRS, mais aussi Renmin, Pékin, Fudan, et Tsinghua.

En tant que plateforme de recherche académique, notre vision s’inscrit dans la diplomatie scientifique de la Genève internationale, c’est unique au monde. Historiquement, nous avons un partenariat académique fort avec l’université Renmin à Pékin, qui se montre toujours très intéressée par Genève et l’ONU.

Que répondez-vous aux critiques, qui dénoncent les instituts Confucius comme l’instrument du soft power chinois? Certains instituts ont été contraints de fermer aux Etats-Unis notamment.
 
Depuis 2004, la Chine en créant ce réseau s’est inspiré du modèle des alliances françaises, pour la promotion de la langue et la culture chinoise.

A contrario des clichés, je citerai un principe fondamental à connaître: la Chine propose, mais n’impose pas. Elle n’arrive pas avec une solution toute prête. La clé de la réussite est de trouver une proposition adéquate, en l'occurrence la diplomatie scientifique. De plus, la Chine marche aux symboles, il faut savoir répondre à cette attente.
 
Dans nos programmes, on compare toujours la Chine avec quelque chose d’autre. C’est le cas notamment dans nos évènements gratuits sur des thèmes aussi variés que l’histoire des religions, l’intégration des migrants en Chine, la liberté de la presse, l’analyse gestuelle, l’islam en Chine, l'urbanisme, les mathématiques, la sociologie des techniques, la didactique du chinois langue étrangère, la santé mentale, la pollution en Chine ou notre programme de découverte appelé: China in One Day.
 
Il s’agit de faire attention au titre. On évite le militantisme ou la propagande, et on se concentre sur l’histoire, les méthodes de travail, la situation actuelle. Le but est d’avancer sur des réflexions.
 
Quid du financement de l’institut Confucius?
 
Attaché à l’Université de Genève (dont le budget atteint 800 millions de francs), l’institut est financé par des fonds pour l’innovation. Notre budget est inférieur à 1 million de francs, auquel la Chine participe à hauteur de 300.000 francs suisses.
 
On aimerait stabiliser la ligne de financement avec le DIP et rendre pérenne notre activité. Après 8 ans, demeurer une entité temporaire crée des difficultés. Le rectorat et le conseil d’Etat valident notre projet, avec la reconduction de la mise à disposition de la villa Rive-Belle. Nous avons signé 2 accords de 5 ans avec la Chine et attendons le renouvellement. Nous sommes très confiants. En 8 ans, nous avons fait nos preuves et sommes bien au-delà du coup d’essai.
 
Notre existence et notre présence à la villa Rive-Belle – qui fait la fierté de la Chine: elle est mentionnée dans de nombreux médias chinois – est un signe de l'importance accordée par l’Etat de Genève aux collaborations académiques avec la Chine. Le projet de vente de la villa et donc le déplacement de l’institut aurait été difficile à argumenter.
 
Certains sujets ne peuvent cependant pas être abordés dans votre ligne éditoriale.
 
Un partenariat, c’est comme un couple, les deux doivent être d’accord.
 
Légalement, le dernier mot appartient à la Suisse, qui possède la direction de l'institut. Mais, il s’agit aussi d’une tactique, où les deux côtés sont respectés, grâce à un droit de véto. On a commencé d’égal à égal avec eux et demain, les Chinois seront plus forts que nous. Préparons-nous alors pour les 30 prochaines années. La Chine est demandeuse. Répondre à sa demande est aussi simple que cela: il faut commencer par les écouter. Or, on traite parfois les Chinois par du mépris et de la peur. Alors qu’on pourrait aussi les féliciter pour leurs succès ces trente dernières années, se taire et demander ce dont ils ont besoin pour résoudre les problèmes, qui subsistent dans leur pays.

Nous ne faisons pas d’activisme politique. En science, on compare, on analyse, on discute. Notre réponse aux critiques, nous la faisons en étant spécialisé, en étant discret. On communique peu sur ce que l’on fait, on se concentre sur les résultats.
 
Le thème des droits humains est souvent lié à celui des religions, qui se mélange avec le social et le politique. La religion est vue comme un «hobby» par le gouvernement chinois. Mais si les croyances prennent le dessus, alors cela pose problème. Afin d’apporter des clés de compréhension des phénomènes religieux, nous avions fait inviter à Pékin le célèbre professeur d’histoire des religions de l'Université de Genève, Philippe Borgeaud.





 
 
 
 

AGEFI

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