Le robot imprimante de construction de Mobbot lève 2,9 millions

mardi, 16.06.2020

D’une page blanche, la start-up de Fribourg Mobbot a repensé la technique de fabrication d’éléments d’infrastructure en béton: elle les imprime.

Sophie Marenne

Agnès Petit. Au bénéfice d’un diplôme d’ingénieure en géologie minière de l’université de Lausanne, puis d’un doctorat en cosmochimie l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, elle s’est orientée vers l’industrie en exerçant pour le géant Holcim, devenu LafargeHolcim, puis au sein de la firme vaudoise Creabeton Matériaux. (Photo: stemutz.com)

Un ovni dans le paysage de la construction: le logo en forme de soucoupe volante de Mobbot ne pouvait pas mieux incarner la position d’«outsider» de la start-up. Elle est «une entreprise technologique dans l’univers du bâtiment», selon sa fondatrice et CEO, Agnès Petit. La jeune firme se consacre à l’impression 3D en béton de pièces mesurant jusqu’à deux mètres et pesant jusqu’à trois tonnes, grâce à un immense robot breveté. Mobile, il pourra produire ces infrastructures directement à leur emplacement final. Il est conçu à partir d’une machine industrielle – comme celles qui fabriquent des voitures –  à laquelle Mobbot greffe son savoir-faire en automation, ses algorithmes et sa la tête d’impression. 

Ce robot géant charme les investisseurs puisque la start-up basée à Fribourg dévoile, ce mardi, une levée de fonds d’amorçage de 2,9 millions de francs. «Ce tour de table s’est orchestré en deux phases. Une première étape a été signée en décembre, avec nos investisseurs et angels historiques: Mutschler Ventures et Capital Risque Fribourg. Entre mars et avril, Investiere, Swiss Immo Lab, NEST Pension Fund et quelques business angels ont complété cet objectif.»

Etonnamment, la crise sanitaire du Covid-19 a plutôt accéléré les choses. «C’était tendu, évidemment, surtout qu’Investiere a proposé notre financement sur sa plateforme durant la deuxième semaine d’avril, en plein dans le pic pandémique. Mais en 24h, tout était bouclé», raconte Agnès Petit.

L’ingénieure est ravie que ces nouveaux investisseurs rejoignent l’aventure et «apportent leur crédibilité en termes de construction et d’écologie.» Avec ce tour de table, la société annonce également deux nominations à son conseil d'administration: Sylvie Mutschler, présidente de Mutschler Venture et Vincent Bieri, cofondateur de Nexthink. «Leur implication représente la professionnalisation de notre conseil d’administration et de notre fonctionnement: ils nous aideront à mieux grandir.»

Auparavant, Mobbot s’est financé grâce à du capital propre et un certain nombre de prix et prêts d’organismes comme Innosuisse, Venture Kick, la Fondation de Vigier, la Fondation pour l'Innovation Technologique (FIT) ou encore Seed Capital Fribourg.

Permettre au robot d’atteindre le marché 

Avec cette somme, Mobbot concrétisera l’industrialisation et la vente de ses services. Les fonds seront investis pour doper les efforts commerciaux et de marketing, d’une part, et d’autre part, pour poursuivre la R&D en vue d’améliorer le système et de «lui donner de nouvelles fonctionnalités», souligne Agnès Petit. La CEO compte aussi renforcer l’effectif de neuf collaborateurs.

Chambres à câbles, murs de soutènement et poutres: l’appareil de Mobbot peut produire ces pièces jusqu'à vingt fois plus rapidement et pour 40% moins cher qu'avec les méthodes traditionnelles telles que le coffrage sur chantier ou la préfabrication. «Les délais tombent ainsi de trois à cinq jours pour une pièce, à un jour. De plus, notre approche tend à une réduction des émissions de CO2 de presque 30% par élément produit», avance-t-elle.

L’Allemagne après la Suisse

L’équipe dispose déjà de deux machines en interne. D’ici à la fin de l’année, deux autres engins devraient être mis en place chez des clients. L’une en Suisse romande, l’autre du côté alémanique.

La clientèle de Mobbot se compose de firmes de préfabrication de produits en béton et d’entreprises de génie civil, spécialisées dans les infrastructures telles que les routes. «Nous leur louons notre système d’impression 3D, le temps d’un projet de plusieurs mois à un chantier de plusieurs années», précise la fondatrice. La société a ainsi déjà collaboré avec de grands acteurs comme Antiglio du groupe Marti, Grisoni-Zaugg ou encore Frutiger. «Cette année, nous concentrons nos efforts sur la Suisse. Néanmoins, notre modèle d’affaires est vraiment fait pour de grands volumes.» A partir de 2021, la start-up compte cibler l’Allemagne.

Histoire de béton

«Il nous a fallu à peu près deux ans pour arriver à une maturité satisfaisante du robot», décrit l’entrepreneure dont la carrière s’est construite dans les matériaux de construction. Au bénéfice d’un diplôme d’ingénieure en géologie minière de l’université de Lausanne (Unil), puis d’un doctorat en cosmochimie l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), elle s’est orientée vers l’industrie en exerçant pour le géant Holcim, devenu LafargeHolcim, puis au sein de la firme vaudoise Creabeton Matériaux.

En 2015 déjà, elle a conçu un premier système d’impression 3D de béton mais elle voulait pouvoir donner libre cours à son idée hors du carcan corporatif. Agnès Petit se souvient: «Je souhaitais aller vite et disposer d’une entité qui pourrait revisiter les produits d’infrastructures en béton d’une façon complètement unique.» La start-up est née en mars 2018.

Lire aussi: Mobbot: du béton 3D à revendre

 

 





 
 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...