La Suisse joue un rôle clé dans la hausse du nombre d’ICO

lundi, 18.09.2017

Cryptomonnaies. L’Ethereum comme blockchain de base d’un grand nombre d’ICO a quelques racines suisses.

Christian Affolter

Les cryptomonnaies, y compris son représentant le plus connu, le bitcoin, pourraient représenter un risque pour la stabilité du système financier.(Pixabay)

La banque centrale des banques centrales, la BRI, vient de reconnaître dans son dernier rapport trimestriel l’importance du phénomène des cryptomonnaies en invitant ses membres à l’étudier, voire à lancer leur propre cryptomonnaie. Cela leur permettrait notamment de mieux comprendre le fonctionnement de ces nouvelles monnaies. Tant l’augmentation du nombre de cryptomonnaies que la hausse de son représentant le plus connu, le bitcoin, qui a connu des fluctuations extrêmes vis-à-vis du dollar ces derniers jours, ne sont pas passés inaperçus.

Leur importance n’est certes pas encore jugée systémique, mais elles pourraient représenter un risque pour la stabilité du système financier. Même si la capitalisation totale de ce marché vient seulement de dépasser les 150 milliards de dollars. La technologie des ledgers distribués (DLT), dont le blockchain représente une application, a même le potentiel de révolutionner tout type de transaction, et pourrait aussi transformer le fonctionnement des banques centrales.

Les ICO (Initial Coin Offerings) représentent un élément essentiel de l’écosystème du blockchain. La Suisse joue un rôle clé dans ce nouvel univers. L’ICO Summit et Crypto 17 tenus à Zurich à la fin de la semaine dernière en fournissent de nouvelles preuves. Ce nouveau moyen de lever des fonds est jugé capable d’abolir deux barrières. Côté entreprises, plusieurs d’entre celles ayant procédé à un ICO estiment qu’il était le seul moyen dont elles disposent pour obtenir rapidement le financement nécessaire à la poursuite de leur projet. Côté investisseurs, les privés ont soudainement accès à des types d’investissements généralement réservés à des institutionnels, comme par exemple le private equity – avec tous les risques que cela comporte, y compris celui d’une perte totale. Les deux bénéficient d’une accélération du processus, et de coûts inférieurs aux moyens classiques.

Les ICO deviennent plus structurés et documentés

Cependant, l’époque où les ICO, non régulés, pouvaient ressembler à une sorte d’eldorado pour lever des fonds pour n’importe quel projet, viable ou non, avec un fondement solide ou non, est déjà révolue. Avant même l’arrivée potentielle d’une régulation et d’une surveillance officielle, les acteurs commencent à mettre en place une autorégulation. De l’autre côté, des autorités de surveillance comme la Finma suisse, suivent ces transactions de plus près et en ont une meilleure connaissance que leur communication officielle ne le laisse entendre.

Dans ce sens, les ICO commencent à ressembler toujours plus à des IPO, même s’ils restent une option plus accessible aux petites sociétés, pouvant dès lors intervenir à un stade nettement plus précoce. Les entreprises doivent constituer des dossiers qui tiennent la route, ce qui allonge considérablement la durée du processus. Ces documents sont ensuite examinés de manière de plus en plus critique par les investisseurs.

Chaque ICO implique la création d’une sorte de nouvelle cryptomonnaie. Ethereum sert souvent de blockchain de base aux ICO. Une partie des fondements technologiques, notamment la première version du logiciel, Frontier, d’Ether, qui est aujourd’hui au moins la deuxième cryptomonnaie derrière Bitcoin, a été développée à l’EPFZ. La fondation Ethereum, dédiée au développement de cette monnaie, est domiciliée à Zoug.

Les smart contracts et les tokens facilitateurs

Le programmeur russo-canadien Vitalik Buterin a eu l’idée d’ajouter des «contrats intelligents» (smart contracts) à la blockchain. Autrement dit, une série de conditions plus ou moins complexes devant être remplies pour que le contrat soit exécuté. Plus précisément, pour qu’un token soit transféré entre les parties du smart contract, via le blockchain. Ce token, un actif numérique, peut prendre des formes multiples (application informatique, réputation numérique, droits de vote/de dividende, points de fidélité, points de suivi, adhésion à une association, preuve de possession d’un actif), qui ont en principe pour seule limite la créativité de son émetteur. Il est d’autant plus crucial de bien définir le token proposé lors d’un ICO. Certains les subdivisent en equity tokens (droits de participation au succès futur d’une entreprise), utility tokens (en échange de bien ou de services, une fois prêts à être commercialisés) et debt tokens (porteurs d’intérêts). Les ICO ne sont en principe rien d’autre que des ventes de tokens organisées par les initiateurs d’un projet. L’aspect monétaire n’occupe pas toujours le premier plan dans le cadre d’un ICO. Son esprit d’origine est plutôt d’être un moyen pour rassembles des personnes adhérant à un projet, de créer une communauté.

Tokens négociables sous plusieurs formes

Ces tokens sont négociables, que ce soit contre le paiement d’un montant fixé dans une cryptomonnaie ou même dans une monnaie traditionnelle, ou en échange direct contre d’autres tokens. De ce point de vue, leur fonctionnement n’est pas très différent de celui d’une action. Mais, plutôt que de représenter une participation dans le capital propre de la société, il s’agit d’un actif déterminé, qui peut aussi être adossé à des actifs physiques.

Ces nouvelles bases ont provoqué une forte hausse du nombre d’ICO depuis l’arrivée d’Ethereum, il y a seulement un peu plus de deux ans. Les liens entre ce monde virtuel et les monnaies traditionnelles, l’attribution d’une valeur en-dehors du système des cryptomonnaies, restent difficiles à gérer. Ils n’en sont pas moins indispensables, notamment pour les aspects fiscaux. Comme il y a déjà eu des fraudes par le passé, la fondation est actuellement la forme juridique posant le moins de problèmes de compatibilité. Elle devrait notamment garantir l’usage des moyens conformément au but défini dans les statuts, approuvé par l’autorité de surveillance.





 
 
 
 

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