Genève: la vente du Salon de l’auto n’est pas exclue

mercredi, 03.06.2020

Arrivé fin avril, le nouveau directeur du GIMS Sandro Mesquita doit pérenniser la manifestation. L’objectif est de trouver près de 17 millions de francs auprès d’investisseurs et de mécènes. Par ailleurs, il est fort probable que la Fondation décide de faire l’impasse sur une édition en 2021. Entretien.

Matteo Ianni

La Fondation réfléchit sérieusement à faire l'impasse sur 2021 pour se concentrer plutôt à un évènement en 2022. (Keystone)

Le Salon de l'auto de Genève a nommé en mars dernier un nouveau directeur, en la personne de Sandro Mesquita. Ce dernier a la lourde tâche de sauver l’évènement international. L’annulation de l’édition 2020 a coûté 11 millions de francs à la Fondation du GIMS. Après avoir refusé le prêt de l’Etat de Genève, l’organisation est à la recherche de fonds. Le montant recherché se situe près des 17 millions de francs. En cas d’échec, la vente du GIMS n’est pas exclue. Sandro Mesquita clarifie la situation et évoque également la possibilité de faire l’impasse sur l’édition 2021. Entretien.

Pourquoi avoir sollicité l’Etat de Genève si au final vous refusez son aide? Pourquoi avoir renoncé au prêt de 17 millions?

Il faut se rappeler du contexte du moment. Suite à l’annulation de dernière minute du Salon, la première instance auprès de laquelle la Fondation a voulu se diriger a été naturellement l’Etat. Cela lui semblait le partenaire naturel pour l’aider immédiatement.
Les raisons de ce refus se trouvent dans les conditions du prêt qui n’étaient pas acceptables pour la Fondation. Parmi celles-ci, la sous-traitance totale ainsi que la conceptualisation du Salon à Palexpo SA. Cela a été refusé par la majorité du Conseil de la Fondation.

Sur quoi porte exactement le désaccord avec l’Etat de Genève?

Le prêt était également lié à une édition en 2021. Or, les signaux qu’on a aujourd’hui des importateurs et constructeurs qui font partie du Conseil de la Fondation nous pousseraient à sauter l’édition 2021 pour nous consacrer à un évènement en 2022. Nous réfléchissons sérieusement à cette option.

Pourquoi faire l’impasse sur 2021? Quels sont ces signaux?

Le secteur automobile traverse une crise importante. Les marques se restructurent et réduisent leur budget d’investissement. À l’heure actuelle, elles ne peuvent pas s’engager pour un GIMS en 2021. Elles auraient même tendance à dire qu’une édition l’an prochain ne serait pas raisonnable, car elles ont d’autres priorités. D’autre part, le Salon de l’auto de Genève est réputé pour ses avant-premières mondiales. Or, il y a de fortes chances qu’il n’y ait pas ou peu de nouveauté à présenter au mois de mars 2021. Enfin, il reste malgré tout une grande incertitude face au Covid-19. On ne sait pas encore qu’elle sera la réalité en mars.
C'est pourquoi il nous semblerait extrêmement risqué et dangereux de s’engager encore une fois dans des coûts supplémentaires pour un évènement dont le succès serait fragile.

Vous vous dirigez tout droit vers un bras de fer avec l’Etat de Genève qui pousse pour une édition en 2021…

Non, je ne pense pas. J’ai surtout le sentiment que nous ne regardons pas le problème sous le même angle. Il faut simplement que l’on trouve une solution pour pérenniser ce Salon. La priorité pour la Fondation est de retrouver une stabilité financière. Penser à la prochaine édition, c’est important. Mais si nous n’avons pas d’argent pour le faire, cela ne sert à rien. 

Pour l’édition 2021, nous devons écouter le marché et nos partenaires. S’ils nous disent qu’il serait mieux d’envisager le prochain GIMS en 2022, vous comprenez bien que nous allons le prendre en compte.

Face à ces tensions avec l’Etat de Genève, la Fondation envisage-t-elle de délocaliser le Salon?

Absolument pas. Cela ne fait pas partie des pistes que nous suivons. Le but de la Fondation est d’organiser un Salon à Genève. Nos partenaires sont très contents de la localisation et il n’y a pas de remise en question sur le lieu. 

Quelles sont vos pistes de financement?

Nous sommes en train de nous diriger vers un consortium qui réunirait des partenaires bancaires, investisseurs et donateurs. Nous devons aujourd’hui fédérer ces gens autour d’un projet commun. Le montant recherché reste le même: autour des 17 millions de francs. Nous voulons régler la question du financement d’ici à septembre.

Qui sont-ils?

Cela est bien entendu confidentiel.

La Fondation envisage-t-elle la vente du Salon?  À Palexpo, par exemple?

C’est une possibilité. Toutes les options aujourd’hui doivent être ouvertes. Si nous échouons dans notre recherche de financement, alors l’option de la vente reste possible.

Quel est le prix de vente du GIMS?

C’est une bonne question. En toute transparence, nous sommes en train de faire les estimations de la marque et de son histoire.

Comment voyez-vous l’avenir à court terme du GIMS?

De manière générale, les salons automobiles doivent se réinventer. Aujourd’hui, nous devons mettre en place une plateforme qui accompagne la croissance des marques automobiles et qui fasse vivre une expérience unique au public. Les initiatives proposées pour l’édition 2020 allaient dans la bonne direction. Nous souhaitons devenir une plateforme de la mobilité du futur, mais toujours avec l’automobile comme focus. 

Ma priorité à très court terme est de trouver une solution qui puisse pérenniser le GIMS. Puis, de poser les jalons d’un nouveau Salon.  À ce propos, il n’est pas exclu d’organiser une sorte de micro évènement l’an prochain. Ça ne serait pas un demi-salon, mais autre chose. Je verrai ici des initiatives qui permettent de faire vivre le GIMS l’an prochain, comme des séries de conférences. L’an prochain sera une année de transition, cela nous permettrait de justement réfléchir au salon de l’avenir.

Le Salon traverse depuis quelques années une crise existentielle (désaffection des visiteurs et des exposants). Pour beaucoup, l’annulation de l’édition 2020, qui aura coûté 11 millions de francs à la Fondation du GIMS, a sonné comme le coup de grâce. Que répondez-vous à ces personnes?

J'aimerais rappeler que l'annulation de l'édition 2020 est due à la décision du Conseil fédéral suite à la pandémie de coronavirus et non à une problématique liée à l'organisation. Le GIMS a organisé 89 éditions avec succès et le Salon fait partie des cinq plus grandes manifestations automobiles au monde. Cependant, nous ne sommes jamais à l’abri, il faut être lucide. Je suis assez clair sur les enjeux que j’ai en face de moi et sur la tâche. Je sais que cette possibilité existe, mais pour l’instant tant que nous n’avons pas été jusqu’au bout des différentes pistes, il n’y a pas de raison d’être défaitiste.

«J’ai toujours été motivé par les défis dans ma carrière»

Pourquoi avoir pris la direction d’un événement comme le GIMS qui est en grande perte de vitesse? N’y a-t-il pas le risque d’avoir hérité d’un cadeau empoisonné?

Non, absolument pas. C’est un challenge extrêmement intéressant. J’ai toujours été motivé  par les défis dans ma carrière. Et celui-ci me semble être très stimulant. Le Salon de l’auto est l’évènement public le plus important de Suisse et dans sa catégorie il est reconnu mondialement. De pouvoir travailler sur la transformation d’un tel évènement est un magnifique challenge. Les problèmes auxquels je suis confronté vont au-delà de la transformation du Salon. Mais cela fait partie de la vie de n’importe quel entrepreneur. Il faut être préparé à cela.

Votre prédécesseur Olivier Rihs n’a honoré son mandat qu’une année. Cela vous a-t-il fait réfléchir à deux fois avant de prendre votre décision?

Ce n’est pas tellement ce point qui m’a fait réfléchir. Le plus important pour moi est l’entourage professionnel. À travers mes différents entretiens avec les dirigeants et le comité, j’ai trouvé que la relation était bonne et que j’avais le soutien nécessaire pour avancer dans ce projet.





 
 
 
 

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