Une ferme à côté de la machine à café

vendredi, 14.06.2019

Agritech. Caulys encourage la culture citadine avec sa serre connectée. Cette start-up née à l’EPFL s’est vu décerner le prix Jeune Entrepreneur des CCEF.

Sophie Marenne

Tom Lachkar et Grégoire Gentile. Toujours étudiants à l’EPFL, les fondateurs mènent un projet pilote sur le campus où 18 unités de 50 plants sont mis à la disposition des étudiants.

Roquette, cresson, basilic, menthe, salade et même fraise ou framboise: plus besoin de disposer d’un potager pour faire pousser ses propres fruits et légumes. La start-up Caulys commercialisera bientôt sa serre urbaine autonome et modulable, pour des aliments frais, au plus près citadins.

Traçabilité des aliments, réduction de la pollution et diminution du gaspillage: les atouts de cette armoire vitrée automatisée ont séduit le jury du prix Jeune Entrepreneur des Conseillers au Commerce Extérieur de la France (CCEF) en Suisse. Mettant en compétition les spin-off universitaires des différentes écoles du pays, le concours a primé Caulys lors d’une cérémonie à Berne il y a dix jours. La start-up s’y est vu remettre le premier prix: une enveloppe de 10.000 francs.

Caulys tend à proposer une alternative à l’agriculture traditionnelle. Directeur du développement commercial et cofondateur, Tom Lachkar souligne: «Nous cherchons à offrir la solution la plus durable possible. En cultivant là où ils vivent, les consommateurs réduisent non seulement les émissions de CO2 dues aux transports, mais aussi les déchets d’emballage plastique.» Dans la serre, les pousses sont éclairées par des LED adaptées à la photosynthèse et alimentées par un système hydroponique en circuit fermé, ce qui permet de sauver jusqu’à 95% d’eau par rapport à l’agriculture conventionnelle. Humidité, température et luminosité: tout est contrôlé grâce à des capteurs et des caméras, afin d’offrir des conditions de croissance optimales aux plantes. 

«Notre but est d’impliquer le citoyen dans l’agriculture, et ce, même s’il n’a pas la main verte», précise Grégoire Gentile, CEO et cofondateur.  La solution est en effet simplifiée à l’extrême: il suffit de raccorder la serre à l’électricité, de remplir le bac d’eau puis de regarder ses légumes pousser. A l’avenir, une application de coaching gratuite – en cours de développement – guidera également l’utilisateur à travers son agenda de culture. En outre, la taille des serres est adaptable. «Il suffit de connecter l’électronique et l’hydraulique pour pouvoir faire varier la hauteur de la serre, jusqu’à quatre étages», ajoute-t-il.

Un premier terrain d’expérimentation

Issus d’un an et demi de développement, des prototypes fonctionnels sont en train d’être installés dans un hall de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). D’ici deux semaines, 18 unités de 50 plants seront à la disposition des étudiants pour un projet pilote, en collaboration avec la stratégie Campus Durable. «L’EPFL est, en quelque sorte, notre premier client important», indique Tom Lachkar.

Durant cette phase de tests, les étudiants pourront acheter les recharges conçues par Caulys, comprenant graines, substrat naturel et pot en fibres de lin. «Sur chaque recharge se trouvera un QR code qui leur permettra de déverrouiller le cadenas connecté de nos serres. Ainsi, l’accès sera contrôlé», explique Grégoire Gentile.

Amener de la fraicheur dans l’espace de travail

L’objectif de cette opération: pouvoir itérer sur le design, la conception et la fabrication des serres en vue de leur commercialisation, probablement à la fin 2019.

Caulys ciblera en premier lieu les entreprises, les espaces de coworking et des cafétérias de sociétés. «Notre vision est d’encourager les particuliers à devenir producteurs, chez eux. Mais, pour entrer sur le marché, il est plus facile de nous adresser à des structures au budget plus important. De plus, de nombreuses organisations nous ont déjà témoigné leur intérêt. Avec nos serres, elles comptent mettre de la vie dans leurs bureaux et veiller au bien-être de leurs employés», explique son collègue.

Le prix de la solution n’est pas encore fixé mais tournera autour de 3000 francs pour une étagère de quatre niveaux, soit 200 plans. «Nous pensons aussi à un tarif dégressif par étages. Par la suite, nous aimerions aussi mettre en place un système d’abonnement.»

Une gamme de plantains élargie dans le futur

Les premières recharges proposeront des micros pousses comme le cresson ou le radis, moins contraignantes à faire pousser. Suivront, dans le futur, les herbes aromatiques, laitues, tomates puis même fraises, en fonction de la demande des consommateurs.

Ce projet d’agritech est né au sein du laboratoire d’automatique de l’EPFL. «J’étais curieux de voir comment optimiser les conditions environnementales pour permettre aux plantes d’évoluer au mieux», raconte Grégoire Gentile qui y a bricolé un premier prototype.

En avril 2018, le potentiel commercial de son idée lui apparaît; il intègre alors le module Business Concept d’Innosuisse, destiné aux étudiants tentés par l’aventure entrepreneuriale. «C’est à cette occasion que j’ai rencontré Vincent Keller qui était mentor du programme et qui est devenu l’un des fondateurs de Caulys.» Peu après, il fait la connaissance de Tom Lachkar, lors d’un cours d’entrepreneuriat à l’EPFL. En juin 2018, ils rejoignent l’incubateur MassChallenge, à Renens.

Lauréat d’une bourse XGrant de 10.000 francs accordée par l’EPFL, ils fondent officiellement l’entreprise en janvier 2019. Elle est maintenant installée à UniverCité, l’incubateur de la Fondation Inartis.

La start-up prévoit une levée de fonds d’amorçage à la fin de cette année. Après la Suisse, l’équipe d’une taille de huit personnes souhaite étendre ses activités vers les marchés français et belge. «A long terme, nous pourrons aussi nous développer dans des pays où les ressources en eaux sont peu abondantes.»





 
 
 
 

AGEFI

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