Dix-neuf studios suisses en route pour la Game Developers Conference californienne

jeudi, 07.03.2019

A dix jours du plus grand rendez-vous de l’industrie, une grande délégation helvétique se prépare. A son bord, la parité entre hommes et femmes est presque atteinte.

Sophie Marenne

Pour la toute première fois, Pro Helvetia installera un pavillon SwissGames à la GDC, semblable à celui de la Gamescom 2018. (Julia Malcher PVM Production)

Du 18 au 22 mars, l’univers entier du jeu vidéo convergera vers San Francisco. Depuis plus de 30 ans, la Game Developers Conference (GDC) réunit les professionnels de l’industrie vidéoludique de la terre entière. Cette année, 28.000 participants sont attendus. Dans la foule, une cinquantaine de Suisses. «Cela prouve que la création helvétique a atteint une belle envergure, à l’échelle internationale. Tant au niveau de la qualité que de la quantité, le pays est maintenant reconnu comme un acteur de poids», souligne Sylvain Gardel, responsable du point fort Culture et Economie chez Pro Helvetia.

La fondation organise des excursions à la GDC depuis 2011. «Ce fut notre premier point d’ancrage international. La délégation n’était alors constituée que de quatre studios», se souvient-il. Grande nouveauté cette année: un véritable pavillon SwissGames arbora la croix blanche sur fond rouge. Il sera le troisième plus grand stand national de l’espace GDC Play, la vitrine qui rassemble les studios émergents et indépendants. Bien que plus petit que celui de la Gamescom de Cologne en août dernier – la GDC étant plus onéreuse – il tendra tout de même à se démarquer grâce à des évènements, comme un petit-déjeuner d’affaires.

Les femmes en force

La délégation SwissGames est composée de 19 studios. Au total, une quarantaine d’entreprises avaient soumis leur candidature pour y prendre part. Parmi les heureux élus se trouvent sept sociétés romandes dont la lausannoise Team KwaKwa, la bulloise Momo-Pi, la genevoise Apelab ou encore la martigneraine Moka Studio.

Dans cette équipe, la parité de genre est presque atteinte avec 20 hommes contre 17 femmes. Cette proportion, assez inédite, est la conséquence de leur belle présence dans les studios sélectionnés: 57% des sociétés de la délégation emploient plus de 50% de femmes. Un fait assez rare pour être souligné, dans un secteur où elles ne représentent que 21% de la force de travail, selon l’International Game Developers Association.

Outre les tickets d’entrée, Pro Helvetia accorde à ces studios 1000 francs d’aide pour ceux qui exposent sur le stand et 500 francs pour ceux venus uniquement pour les rencontres business. La fondation suisse pour le soutien à la culture se charge également d’un programme d’activités sur place, telles que la visite de grands studios de la Silicon Valley ou une session de pitch devant un jury d’affaires international. Les start-up y sont d’ailleurs préparées, coachées avant le départ ainsi que chez Swissnex San Francisco, peu avant le début de la GDC.

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Déjà gagnants avant le décollage

De nombreux jeux helvétiques ont déjà faits parler d’eux, avant même leur départ, grâce à des récompenses préalables. Quatre studios – Blindflug Studios, Cosmoscope, 5am Games et Sensoryx – ont été sélectionnés pour la compétition GDC Pitch, un concours de plaidoyers. Trois jeux ont aussi reçu une mention honorable lors du GDC Best in Play qui met en lumière les meilleurs jeux de l’édition: Letters de 5am Games, Morphies Law de Cosmoscope et Mundaun de Hidden Fields. De plus, le jeu de tir spatial Anshar Online du lausannois Ozwe est nominé pour l’International Mobile Gaming Awards, une compétition mondiale à laquelle ont été soumises plus de 800 candidatures. Autre bonne nouvelle: le jeu de construction de voie ferrée Unrailed, du studio zurichois Indoor Astronaut est l’un des invités sur le stand Microsoft.

Effets secondaires étonnants

La fondation s’intéresse au secteur du jeu vidéo depuis 2010. «Nous avons vite réalisé que c’était un domaine artistique valable porté par de multiples jeunes créateurs», raconte Sylvain Gardel. En moins de dix ans, la mutation de ce milieu a été spectaculaire. «De douze structures de petite taille, travaillant surtout pour des agences de publicité, il compte maintenant près de 120 start-up dont une belle part liée à la réalité virtuelle.» Les jeunes pousses se déploient dans des pôles proches des universités: autour de l’ETH et de la ZHdK à Zurich, de l’EPFL et de l’ECAL à Lausanne ainsi que de la HEAD à Genève. Au total, Pro Helvetia estime qu’un peu moins de 600 personnes travaillent dans cette industrie à travers le pays. «Avant ce soutien à la production suisse, la quasi-totalité des créateurs immigraient en Amérique du Nord. Aujourd’hui, cette tendance s’est inversée, la plupart d’entre eux restent en Suisse. Bien entendu, les structures les plus mûres cherchent souvent à y mettre un pied mais elles gardent leur siège ici.»

Durant la dizaine d’années écoulées, les voyages organisés par Pro Helvetia ont aidé les jeunes firmes à trouver des investisseurs à l’étranger. Effet plus surprenant de cette prospection: certaines ont carrément ramené leur nouveau partenaire dans leurs bagages: «Après avoir acquis la division 3D de la start-up Dacuda, l’entreprise Magic Leap s’est ainsi installée en Suisse en 2017», indique-t-il. Idem avec Faceshift qui a attiré Apple, séduit par le terreau fertile en ressources humaines de qualité que représente la Suisse.

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AGEFI

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