Vers une économie durable

jeudi, 13.06.2019

René Longet*

René Longet

Pour l’essentiel, les biens et services dont nous avons besoin pour vivre sont fournis jour après jour par l’économie, à un certain prix, avec une certaine valeur – et à un coût écologique et social. L’économie est formée d’entrepreneurs poursuivant une idée, d’investisseurs répondant ou non à leur appel, d’équipes de salarié-e-s qui la mettent en oeuvre, de consommateurs accueillant ou non ce qui leur est présenté. Cet esprit d’entreprise et d’engagement est une des clés de la dynamique d’une société.

Mais force est de constater que le succès sur un marché est celui d’une demande solvable, qui peut être tout autre chose que l’expression d’un bienfait plus large. La question est alors de savoir qui assure que la nouvelle idée, le nouveau produit n’est pas un gadget de plus, une source de nuisances futures? Qui vérifie, avant de s’engager sur son financement, que le projet répond à une réelle utilité? Qui assure, compte tenu des nombreuses distorsions écologiques et sociales, une concurrence loyale sur les marchés? Et qui veille à la pérennité des cycles naturels, fondements de toute économie? 

Car l’économie n’est pas la productrice première des biens qu’elle propose: elle extrait, transforme, commercialise des ressources toutes issues du travail de la nature. Les enjeux écologiques ne sont ni secondaires, ni un luxe, mais la base de toute stabilité économique et sociale; ainsi comprise, la protection des bases de la vie que sont les ressources biologiques, géologiques et physiques de la nature n’est pas une charge, mais un investissement! Ce n’est pas une fois la prospérité acquise qu’on peut se «payer» les dimensions écologiques et sociales, ce sont ces dernières qui constituent les vraies raisons d’être de l’économie.

Ce n’est pas un problème de technique ni de modèle d’affaires. Réparer plutôt que jeter, fournir des énergies renouvelables plutôt que du fissile et du fossile, généraliser des bâtiments positifs, le commerce équitable et l’agro-écologie, remplacer le prêt-à-jeter par la mise en valeur de la durée de vie sont autant de sources de rentabilité (raisonnable) que les modèles fonctionnant sur le court terme et la fragilisation écologique et sociale. 

Pour faire de ces bonnes pratiques désormais éprouvées la loi de tous, il convient d’imputer les externalités négatives à leurs auteurs et de compenser financièrement  ce qui parmi les externalités positives reste insuffisamment rémunéré sur les marchés. Un nouveau modèle fondé sur l’inclusion, une claire hiérarchie des besoins et une gestion prudente et équitable des ressources naturelles s’impose. Ce serait la tâche prioritaire des décideurs politiques que de rendre possible ce qui est nécessaire!

* Expert en développement durable 





 
 
 

AGEFI

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