Valorisons nos bois exceptionnels, une des seules ressources naturelles en Suisse

mercredi, 10.10.2018

Céline Renaud*

Il est 14 heures, un samedi après-midi, dans la forêt du Risoud. J’ai le plaisir d’animer la sortie du Conseil communal de notre région qui traverse cette grande forêt. Ils ont profité d’inviter les représentants des mairies des villages français voisins qui font le chemin inverse. Je les emmène regarder les arbres autrement … C’est-à-dire, leur montrer comment nous cherchons un épicéa de résonance qui est un arbre absolument parfait. Ce sont des centaines de critères qui sont observés pour trouver éventuellement un épicéa de résonance.

Dans la forêt du Risoud, au vu du climat très rude et du sol très pauvre, c’est 350 ans qu’il faudra patienter pour atteindre un épicéa à maturité. Nous parlons également des conditions actuelles du travail forestier. Nous soulignons qu’il est difficile de combiner les exigences financières liées au niveau du prix très bas des marchés avec le respect que les forestiers ont pour cette magnifique forêt. Un participant me demande alors le prix que nous payons pour ce bois. Pour donner un ordre de grandeur, nous achetons l’épicéa de résonance environ 20 à 30 fois plus cher qu’un épicéa normal. Et ce n’est que le début car après l’avoir transporté, scié, essuyé, formaté et fait sécher pendant de très nombreuses années, nous estimons qu’il faut compter encore le même ratio avant de commencer notre travail de construction sur l’instrument.

Toutes ces réflexions nous mènent à la question de la valorisation de ces bois exceptionnels, de manière plus large. En effet, aujourd’hui avec l’ouverture des frontières, le marché de la vente du bois est extrêmement difficile car très concurrentiel et par conséquent, il est pour nous Suisses, très difficile d’être concurrentiels sur le marché international notamment, avec du bois provenant des pays de l’Est. Et pourtant, nous avons des bois très, très beaux. Je ne veux pas parler uniquement de l’épicéa de résonance qui est vraiment la niche, de la niche, mais bien de toute une forêt. Je reviens de voyage en Ecosse et en Suède où j’ai observé de grandes forêts travaillées en monoculture, avec des arbres qui atteignent 50 ou 80 ans avant d’être complètement rasés. C’est une autre industrie. En Suisse, nous avons signé un pacte et nos forêts sont travaillées en biodiversité. Il existe beaucoup de traités qui parlent de l’importance de cette biodiversité et même de la bienveillance entre les différentes essences de bois. Cela donne une grande valeur à nos forêts et à nos bois.

Chez JMC Lutherie, nous sommes les spécialistes pour combiner des techniques multi-centenaires avec de la technologie actuelle. Nous fusionnons également l’épicéa de résonance de 350 ans avec du carbone ou du Nomex en créant de nouveaux composites tels la coque d’Alinghi ou les ailes de l’avion Solar Impulse. Nous valorisons les performances techniques du matériau actuel avec les performances émotionnelles de ce bois de résonance. De nombreuses entreprises s’ouvrent à ces composites en réintégrant le bois pour ses facultés techniques et également pour ses facultés de bien-être.

N’essayons pas de nous battre sur le marché international avec des prix non concurrentiels mais au contraire tentons de valoriser ce bois et notre gestion de forêt si précieuse et si bienveillante.

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...