Une libre circulation essentielle à la reprise économique

jeudi, 11.06.2020

Catherine Lance Pasquier*

Catherine Lance Pasquier

La situation épidémiologique le permettant, la Suisse prévoit de lever les restrictions d’entrée avec les Etats membres de l’UE/AELE le 15 juin. Le Conseil fédéral se met ainsi en phase avec un grand nombre de pays européens, suite à l’échange entre ministres de l’Intérieur des Etats Schengen, qui ont exprimé le souhait d’un retour à la normalité et d’une suppression des contrôles aux frontières intérieures de l’Europe. 

Cette décision contribue à rétablir la liberté de voyager et de se déplacer au sein du continent. La crise du coronavirus et les décisions des gouvernements prises pour endiguer l’épidémie ont bouleversé certaines habitudes et nous ont rappelé l’importance de ce type de liberté que nous considérons comme acquise. Or, les facilités dont nous disposons pour voyager, séjourner ou s’établir dans toute l’Europe ne tombent pas du ciel mais résultent de nos relations étroites avec l’Union européenne.

La Suisse a en effet patiemment construit avec son premier partenaire et premier client l’édifice des accords bilatéraux qui permet de régler au quotidien les relations dans de nombreux domaines. La crise du coronavirus a mis en exergue non seulement l’importance de se mouvoir librement à titre individuel mais aussi l’interdépendance commerciale, sanitaire et en termes de marché du travail entre la Suisse et ses voisins européens. La situation dans certains secteurs a montré de manière très concrète le besoin de main-d’œuvre étrangère, en complément des travailleurs locaux. Les hôpitaux suisses n’auraient pas pu assurer la prise en charge de leurs patients sans le soutien des soignants frontaliers. Le monde agricole, pour sa part, qui a besoin de plusieurs milliers de travailleurs saisonniers, a longtemps craint une pénurie, vu les difficultés de faire venir les travailleurs d’Europe de l’Est et du Sud dans le plus fort de la crise. 

Comme ses voisins européens, la Suisse se trouve dans une situation qui nécessite une réponse globale. C’est dans ce contexte que les citoyens suisses devront se prononcer le 27 septembre sur l’initiative de limitation qui vise à mettre un terme à l’accord sur la libre circulation des personnes. 

Or, la libre circulation, dont les exemples ci-dessus rappellent l’importance, est essentielle pour la reprise  économique et le maintien des emplois en Suisse. Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie-restauration, par exemple, durement impactés par la crise, ont traditionnellement un besoin élevé de travailleurs étrangers. L’immigration en provenance de l’UE, qui dépend fortement des besoins de l’économie, est complémentaire à la main-d’œuvre indigène. Par ailleurs, un dispositif efficace de surveillance du marché du travail est en place, qui permet de protéger les conditions de travail locales. Le rapport du Seco sur l’exécution des mesures d’accompagnement publié le 11 juin rappelle la densité élevée des contrôles sur le marché du travail. Les autorités et les partenaires sociaux s’engagent aussi fortement pour renforcer l’accès de la main-d’œuvre indigène au marché du travail. 

En demandant la fin de la libre circulation des personnes, l’initiative prend le risque de détruire l’édifice des accords bilatéraux. Sans l’accord sur la libre circulation des personnes et les accords bilatéraux qui lui sont liés, les entreprises suisses perdront leur accès sans entraves au marché européen, alors même qu’elles affrontent déjà une récession. Ce serait un véritable coup de grâce, tant pour nos entreprises exportatrices que pour celles actives sur le marché intérieur.

Les accords bilatéraux, choisis par la population suisse, ont fait leurs preuves. Nous devons impérativement les préserver, dans notre intérêt à tous.

* Directrice adjointe, département politique générale, FER Genève





 
 
 

AGEFI

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