Un peu de répit pour la Banque nationale

mercredi, 17.06.2020

Daniel Kalt* et James Mazeau**

Daniel Kalt et James Mazeau

Depuis la mi-mai, un souffle printanier semble définitivement s’être installé sur les marchés financiers, après des semaines où l’économie était mise à l’arrêt du fait du confinement.

Les marchés boursiers ont réagi avec un optimisme quasi-euphorique à l’inversion de tendance des indicateurs conjoncturels. Vu que les répercussions de la pandémie inquiètent de moins en moins, les valeurs refuges typiques, telles que le franc suisse, se sont inscrites en baisse sur les marchés des changes. Entre la mi-mai et la première semaine de juin, le cours de change EURCHF est passé d’un niveau à peine supérieur au seuil critique de 1,05 à quasiment 1,09.

L’appréciation notable de la monnaie européenne a, de toute évidence, donné une bouffée d’oxygène à la Banque nationale suisse (BNS), contrainte jusque-là d’intervenir massivement sur le marché des changes. Le dernier rapport sur les avoirs à vue en francs suisses a fait état de la première baisse depuis le début de la pandémie du coronavirus.

Comment interpréter le recul des avoirs à vue?

En temps normal, les chiffres d’une semaine donnée ne sauraient être interprétés, car les interventions ne sont qu’un instrument de l’arsenal pouvant modifier le volume des avoirs à vue. Il est donc essentiel d’observer comment cet échantillon évoluera ces prochaines semaines. Néanmoins, la corrélation entre la variation hebdomadaire des avoirs à vue et le taux de change EURCHF suggère que la BNS utilise les phases de faiblesse du franc pour alléger son bilan. 

Au cours des deux dernières semaines, les rendements obligataires et les taux des swaps sur intérêts se sont envolés. Cette évolution augmente l’attrait des contrats à long terme par rapport aux liquidités et pourrait expliquer en partie la baisse de la demande d’avoirs à vue. Le raidissement de la courbe des rendements est un phénomène que l’on peut observer sur l’ensemble des grands marchés obligataires.

Quelle sera la réaction du franc?

Est-ce que le franc va se raffermir si la BNS n’intervient plus et que les avoirs à vue baissent. Ou va-t-il s’affaiblir en raison de la hausse des rendements dans d’autres pays? Pour la Recherche d’UBS, le recul des avoirs à vue, si la tendance se confirme dans les semaines à venir, devrait définitivement limiter le potentiel haussier de l’EURCHF, voire faire baisser encore le cours de change. 

La hausse des rendements américains est un défi. Cela dit, les marchés continuent d’anticiper, pour les deux prochaines années, un taux directeur au niveau plancher de 0%. Sachant que l’ensemble des monnaies de pays exportateurs ont par ailleurs bien réagi au rebond de la croissance mondiale, le franc suisse pourrait s’apprécier. Du reste, des achats en recherche de valeur refuge pourraient encore influencer la trajectoire de la monnaie helvétique si la situation devait se détériorer à nouveau.

Pause de la BNS

Pour la Recherche d’UBS, la dernière annonce est conforme à sa prévision à 1.06 pour septembre. Ainsi, il existe toujours un risque majeur de baisse encore plus importante. La récente hausse du cours EURCHF a également montré qu’une amélioration des perspectives conjoncturelles peut déclencher des mouvements significatifs pour cette paire de devises. 

C’est pourquoi la Recherche d’UBS ne table pas, à moyen terme, sur une hausse marquée du franc suisse par rapport à l’euro. Suite à la récente baisse de la monnaie helvétique, la BNS fera une pause. De ce fait, il semble que le gardien monétaire ne devrait pas annoncer aujourd’hui une baisse des taux d’intérêt dans son examen de la situation économique et monétaire.

* Chef économiste Suisse
** Economiste, Chief Investment Office
UBS Global Wealth Management





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...