Un ministre du bonheur?

mercredi, 28.11.2018

Céline Renaud*

Céline Renaud

Avec des étoiles plein les yeux, je reviens d’un voyage professionnel à Dubaï et comme la dernière fois, j’ai été impressionnée par la gentillesse des gens et la qualité de l’accueil et du service. Pour moi qui vit en montagne et qui adore l’air frais, c’est un peu bizarre de passer de l’air conditionné de l’avion, à celui du taxi, puis de l’hôtel et de tous les endroits où nous travaillons. Il y en a même sur les balcons extérieurs lorsque la température excède les 35°! Dans la chambre d’hôtel, nous n’arrivons pas à ouvrir la fenêtre. J’ai l’impression d’étouffer, moi qui ai l’habitude de respirer l’air de nos montagnes.

Ici à Dubaï, je retrouve plusieurs amis qui s’y sont installés avec leurs famille et je me demande comment ils vivent leur quotidien. Tous me témoignent de la joie qu’ils ont à vivre aux Emirats plutôt qu’en Europe. Si les raisons premières de leur déménagement sont professionnelles ou fiscales, la gentillesse des gens et la qualité du service prend vite le dessus.

À mon retour, malgré la joie de retrouver nos paysages verts et nos montagnes ainsi que l’air frais, le choc est grand. Il y a une attitude en Suisse et en Europe de manière générale qui est vraiment différente de ce que nous pouvons constater dans ce coin du Moyen-Orient et en Asie de façon plus générale ou sur le continent nord-américain. Si je parle de la qualité du service, beaucoup vont réagir fortement comme cela m’est arrivé en écrivant un sujet sur la restauration en Suisse. C’est un sujet qui touche l’humain au cœur et je constate que tous pensent faire au mieux … au mieux de leurs capacités ou plutôt état d’esprit. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’état d’esprit donne le ton au service, à l’excellence d’accueil que nous offrons à autrui. La qualité du service est intimement liée au bonheur.

Dans notre chère Europe, une attitude maussade et dénigrante est plus valorisée que le bonheur qui est considéré comme une valeur naïve par certains. Et c’est justement ce que le président des Emirats arabes unis Khalifa bin Zayed Al Nahyan semble avoir compris. A la télévision ou sur les très nombreux panneaux d’affichage, nous notons partout sa volonté pour un accueil parfait, sa course à l’excellence pour emmener son pays à ce niveau-là. Nous y voyons beaucoup la femme et la famille. Le but est d’attirer non pas les touristes mais surtout des gens qui s’installent et investissent dans le pays. Il est un leader qui fédère ses troupes et sa population avec ses idées. Et un des moyens pour y parvenir, c’est de travailler sur le niveau de bonheur de sa population. Il a nommé un ministre du bonheur et plein de hauts responsables du bonheur. C’est même une matière enseignée à l’école. Dans ce pays composé de 7 fédérations, où seulement 12 % de la population sont des locaux, il demande à tous les étrangers venus s’établir de s’impliquer dans ces valeurs qu’il défend et de signer allégeance à cette volonté.

Est-ce que nous la Suisse, qui avons été un exemple dans beaucoup de domaines, au cœur de cette Europe qui voit une montée du nationalisme, ne pourrions-nous pas être un exemple sur ce sujet, et nommer un ministre du bonheur?

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie





 
 
 

AGEFI

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