Un mécanisme pour faire mieux à la prochaine urgence sanitaire

mercredi, 05.08.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Les épreuves ont pour résultat d’en apprendre de belles aux sociétés distraites. L’épidémie a enseigné à la Suisse quelques leçons fondamentales dont la plus importante est qu’il faudra longtemps vivre avec le virus, comme jadis nous avons réussi à survivre aux virus de la poliomyélite et de la variole. Le vaccin demeure dans le domaine du possible, sans être assuré qu’il sera rapidement à disposition, sans même savoir s’il arrivera un jour, comme celui contre le sida, toujours inexistant après des décennies de recherche.

La seconde découverte est l’incroyable fragilité du système économique, devenu mondial, qui assure la survie et parfois l’aisance de huit milliards d’êtres humains, tous inégaux. En 2008, le système s’est cassé par suite de sa propre instabilité. 

Nous découvrons maintenant qu’il est susceptible de chancellement par suite d’une attaque extérieure, même aléatoire par sa cause. Les pays de l’Est asiatique, accoutumés à ce genre d’épidémie virale, ont réagi comme à l’exercice et ont contenu et limité pour eux-mêmes le désastre. Le taux de morts par millions d’habitants se limite à 8 au Japon, 6 en Corée du Sud, 3 à Hong Kong et même 0,8 en Thaïlande. Ces taux sont cent ou mille fois plus faibles que ceux des pays européens. Ce qui induit comme corollaire évident que les institutions peuvent maîtriser la situation si elles en ont la compétence et le pouvoir.

A ce titre la Suisse s’est maintenue dans une honnête moyenne européenne: elle enregistrera 2000 morts en fin de première vague, soit 229 par millions d’habitants. Selon une étude de l’Université de Berne, elle aurait pu n’en enregistrer que 400 si le Conseil fédéral avait décrété le confinement une seule semaine plus tôt. C’est mieux que la Belgique avec un taux de 848, record mondial, et beaucoup moins bien que l’Autriche avec 79. Si le gouvernement suisse avait suivi la même politique que l’Autriche, il y aurait 690 morts et pas 2000.

Il faudra donc analyser à tête reposée les mécanismes de décisions dans ces différents pays. Pour la Belgique, il saute aux yeux que l’absence d’un gouvernement appuyé sur une majorité parlementaire a pesé lourd: ce n’est qu’un exécutif intérimaire qui expédie les affaires courantes mais n’a pas l’autorité politique pour mener des actions fortes. L’Autriche possède un gouvernement classique appuyé sur une majorité parlementaire. En Suisse c’est le règne de la concordance: tous les partis sont représentés, la présidence tourne annuellement, les conseillers sont élus individuellement. Il n’y a donc pas de véritable chef de l’Etat, pas de premier ministre, pas d’équipe soudée, pas de programme et pas de majorité parlementaire assurée. Ce système est conçu pour dégager des solutions de consensus, pas pour des actions vigoureuses et rapides, sauf en temps de guerre.

Il faut un conseil de gestion de l’urgence sanitaire, composé uniquement d’experts. L’Université de Berne a alerté le Conseil fédéral dès janvier, mais il a fallu deux mois à celui-ci pour se décider à agir. 

S’il avait agi tout de suite, comme les pays asiatiques, il n’y aurait pas eu 2000 morts, mais quelques dizaines au plus. Cela ne vaut-il pas la peine de monter un mécanisme pour faire mieux la prochaine fois? Car il y aura des prochaines fois.

* Ancien conseiller national





 
 
 

AGEFI

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