Un geste pour l’Afrique

mercredi, 13.05.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Nous ne mesurons pas encore toute l’ampleur de la crise du Covid-19 mais son impact entraînera vraisemblablement la plus grave crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. En Occident, nous pouvons nous interroger si les plans de soutien s’élevant à des milliers de milliards  toutes devises confondues seront suffisants pour compenser les pertes de revenus et minimiser les faillites des entreprises. En outre, de sérieuses questions sur la gestion future de  la dette se posent. Dans des pays à plus faibles revenus, ses questions sont bien sûr encore plus problématiques.

A la date du 11 mai 2020, 102 pays avaient déposé des demandes de financement d’urgence auprès du Fonds monétaire international (FMI), ce qui représente plus d’un pays sur deux dans le monde. Les demandes s’élèvent à environ 100 milliards de dollars dont 20 milliards ont déjà été approuvés en faveur de 20 pays à cette même date. En Afrique, 25 des 54 pays que comptent l’Afrique  ont fait appel au FMI. Le G-20 a décidé d’un moratoire sur le remboursement de la dette des 77 pays les plus pauvres du monde, et ce jusqu’à la fin de l’année. Tout cela semble trop peu et pour une durée trop limitée, vu le choix  évident qu’ont ces  pays entre sauver des vies ou rembourser leur dette. 64 pays dans le monde consacrent davantage de budget au remboursement de leur dette qu’au financement de la santé publique.  L’aide apportée par les Etats-Unis et l’Angleterre à l’Europe après la Première Guerre mondiale s’élevait à deux fois le PIB (produit intérieur brut) de tout le continent africain en valeur actuelle.

La Chine joue un rôle croissant dans le financement de toutes les régions du monde et en particulier de l’Afrique. La Chine a prêté environ 1'500 milliards dollars à 150 pays, ce qui représente environ 5% du PIB mondial, qualifiant le pays du titre officiel de premier créancier mondial. Pour les 50 pays qui ont le plus emprunté à la Chine, les sommes dues équivalaient à 15% de leur PIB  en 2017, et pour une douzaine de pays, ce ratio atteignait même 20%. Si l’on rajoute la dette obligataire telle que la dette du Trésor américain, le monde doit 6% du PIB à la Chine. Ces chiffres sont approximatifs car il n’est pas certain que tous les emprunts soient bien recensés. Ainsi, pour l’Afrique, on estime que les créances chinoises sont constituées entre 18 et 24% de dette externe africaine, contre 10% pour les créances des pays-membre du Club de Paris (qui regroupe 22 pays créanciers occidentaux).

En outre, la Chine a signé des accords de swaps avec une quarantaine de pays constituant ainsi des «lignes de crédit». Plusieurs pays ont eu recours à cette modalité de financement pendant des périodes de grande détresse, y compris la Russie et la Turquie. Bien sûr c’est une aide appréciable qui peut éviter le recours au FMI et qui peut ainsi limiter la stigmate qu’une aide officielle peut éventuellement laisser. Ceci dit, les conditions de l’aide ne sont a priori pas identiques car la Chine prête normalement aux taux de marché, tandis que le FMI et la Banque mondiale le font à des taux préférentiels.

Une priorité absolue devrait être d’aider ces pays à ne pas faire défaut sur leur dette car un défaut signifie une dégradation de la note de crédit et une augmentation du coût de financement de la dette. Evidemment, toute aide dans ce sens est fort bienvenue. Néanmoins, un défaut d’aide de la part des pays occidentaux peut augmenter le recours des pays pauvres à un financement de la Chine qui in fine pourrait être remboursé grâce au FMI. Mieux vaut donc les aider directement.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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