Un déni persistant de réalité

dimanche, 19.04.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Dès le début de l’épidémie, plusieurs de mes articles ont insisté sur le fait que le masque, s’il est porté par tout le monde, protège tout le monde. Cette thèse se heurte au déni des autorités de la Confédération.

Le Conseiller fédéral Berset vient de répéter en Valais que le port généralisé du masque ne protège pas les personnes saines: «Le port généralisé du masque, partout et tout le temps, ne protège pas les personnes saines et peut même avoir un effet contre-productif, en relâchant les comportements».

Il a tort. Il le sait, mais il le répète parce que la Suisse n’a pas constitué à temps des stocks suffisants et que cela met le Conseil fédéral en position d’accusé. Le peu dont nous disposons doit évidemment être réservé au personnel médical. Un message honnête consisterait à dire que le port universel du masque protège tout le monde et à avouer que la Suisse n’en a pas suffisamment pour adopter cette politique.

Il ne s’agit en aucun cas de renoncer aux autres dispositions prises par nos autorités et nos administrations. Il s’agit d’ajouter une contrainte très modérée: imposer que toute personne qui en rencontre d’autres, ou qui est en situation d’en rencontrer d’autres, porte un masque.

Cette mesure est maintenant prise par plusieurs pays européens après l’avoir été en Asie avec de bons résultats. Elle permettrait à la Suisse de sortir du confinement, sans courir de risque d’une seconde vague. Elle permettrait d’éviter une crise économique. Le Conseil fédéral finira pas avouer la vérité. Le plus tôt serait le mieux.

En France, la porte-parole du gouvernement vient d’entrouvrir la porte en annonçant que le port du masque serait recommandé lorsqu’il sera scientifiquement prouvé. C’est supposer que la science puisse prouver à un mois de distance deux assertions contradictoires.

En la matière la vérité est connue depuis longtemps. Si quelqu’un projette en éternuant ou en toussant, ou même simplement en respirant, des gouttelettes contenant des virus sur une personne qui lui fait face, ce dernier, s’il porte un tel masque, n’est pas protégé, pour deux raisons: les gouttelettes l’atteignent aux yeux, que le masque n’abrite pas, et les gouttelettes rencontrent son masque qui se comporte comme un papier buvard, elles mouillent le tissu, s’étalent, s’évaporent, et déposent les virus qu’elles ont transportés sur le masque.

En revanche, si la personne qui émet les gouttelettes porte ce masque devant sa bouche, l’effet buvard se fait sur son propre masque, les virus restent sur son masque, et ne contaminent donc pas. Comme la source des gouttelettes, la bouche, est très proche du barrage que forme le masque, la dispersion des gouttelettes hors du masque est peu probable, en tous cas faible.

L’énorme avantage du simple port des masques les plus simples, ceux qui ne font que protéger les voisins, est ainsi le suivant: si tout le monde en porte dans l’espace public, il n’y a plus de virus qui volent dans l’air ambiant, il n’y a plus de virus qui se déposent sur le visage d’autrui, il n’y a plus de virus qui se déposent sur les poignées de porte, les rambardes, les mains-courantes, les aliments, les journaux.

La politique se refuse parfois à ce qui est simple par la nécessité de faire compliqué pour dissimuler ses manques.

* Professeur honoraire, EPFL 





 
 
 

AGEFI

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