Transition climatique: le salut par la culture

mardi, 06.10.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Il n’est pas nécessaire de décrire longuement les dangers menaçant la civilisation dans son essence.

Il suffit d’imaginer que le Covid-19, épidémie lourde mais à mortalité réduire, fasse place à une variante d’Ebola transmissible par voie respiratoire avec une mortalité à 50%, pour concevoir un scénario catastrophe avec l’effondrement du système médical, précédant celui de l’économie.

Or, la transition climatique ne nous lâchera pas. De tous les dangers, c’est le plus manifeste, le plus immédiat et le plus ignoré. En se prémunissant contre des dangers hautement imaginaires, on s’empêche de réfléchir aux plus évidents, on se persuade que l’on a fait preuve de prévoyance.

Une intuition éclairée

Alors que la fonte des glaciers est flagrante, l’invasion prophétisée du territoire par des chars russes constitue un leurre astucieux pour vendre des avions militaires et obtenir des commandes pour l’industrie nationale.

Alors, comment trier les menaces, comment définir la moins mauvaise politique, comment apaiser les anxiétés, comment engendrer la résilience dont nous avons tellement besoin? Nous demandons une prévision de l’avenir, qui est impossible par définition Dès lors, il ne reste que de recourir à une intuition éclairée.

Que nous dit la sagesse et le savoir des peuples? Où les trouver? Pas chez les historiens, les économistes, les sociologues qui expliquent tellement bien, par après, ce qu’il aurait fallu faire pour que cela n’arrive pas avant.

Dès lors, cela vaut la peine de se tourner vers cette connaissance innée, non savante, constituée par la culture. Celle qui commence par Homère et la Torah, les Evangiles et le Coran, Goethe et Shakespeare, Hugo et Camus. La culture fut et demeure la seule digue qui protège du tsunami de la barbarie. Les barbares le savent peut-être mieux que les civilisés.

La politique suisse n’est pas à l’abri d’une indifférence à l’égard de la culture. Toute référence dans la commission parlementaire compétente mène à une opposition idéologique de l’extrême-droite.

Pour elle, la culture ne peut être que l’expression des couches populaires de jadis: le cor des Alpes, les papiers découpés et Albert Anker en fixent les contours indépassables. Ces composantes, certes authentiques, de la culture oblitèrent toutes les autres et surtout l’art contemporain, qui s’attaque aux problèmes les plus aigus: la mondialisation, la xénophobie, le racisme, le machisme, l’homophobie, la marchandisation.

Face à la culture embaumée, la culture vivante exprime le mouvement souterrain des sensibilités, des idées, des visions du monde.  Non seulement elle précède les révolutions, mais elle les finit par les déclencher. Exilés, persécutés par les pouvoirs, Voltaire et Rousseau ont démontré que leurs écrits possédaient une puissance qui dépassait celui des monarchies absolues, au point de les renverser.

Malgré ou à cause de son impassibilité voulue, le cinéma suisse dénonce la banalité du Mal dans notre pays. Fernand Melgar met en scène la violence occulte d’une démocratie dans «Vol Spécial» et «L’Abri». Jean Stéphane Bron dissèque froidement le monde politique avec «Le Génie Helvétique» et «L’expérience Blocher». Ursula Meier représente l’automobile comme une plaie dans «Home».

* Professeur honoraire EPFL





 
 
 

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