Taxes et représailles

mardi, 21.05.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Les dernières mesures protectionnistes mises en œuvre par l’administration Trump ont affecté environ 200 milliards de dollars d’importations, sur lesquelles le taux de taxations (droits de douane) a été relevé de 10% à 25%. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) permet l’adoption de représailles équivalentes. La Chine a annoncé à son tour des taxes supplémentaires sur quelque 60 milliards de dollars de biens américains, allant jusqu’à 25%, qui entreront en vigueur le 1er juin. 

L’Union européenne a, elle aussi, introduit des taxes sur 2,8 milliards de dollars d’exportations américaines. L’objectif des représailles peut être à la fois économique et politique. On peut aussi présumer un désir de protéger sa propre population. 

Dans ce cadre, l’Union européenne, ainsi que les autre pays visés par les Etats-Unis (la Chine et le Mexique notamment) ont orienté leurs mesures pour impacter les électeurs du parti républicain, comme les taxes à l’importation sur le whiskey et sur le soja, par exemple, dont les producteurs se concentrent dans les régions traditionnellement aux mains du parti républicain. Une étude de Thiemo Fetzer et Carlo Schwarz (VOX-CEPR, 23 avril 2019) analyse l’efficacité de ces représailles. D’un point de vue politique, les chercheurs compilent les mesures par district de votation et concluent que celles-ci étaient effectivement concentrées dans les districts qui avaient basculé en faveur du candidat Trump en 2016, plutôt que sur le parti républicain dans le sens large. L’analyse conclut également que les districts de votation visés ont moins voté en faveur des républicains en 2018 (aux élections de mi-mandat), le parti perdant entre 1,4 et 2,7% des suffrages, en comparaison avec les régions non concernées par ce type de mesures.  

Amiti et ses co-auteurs calculent que l’impact de l’ensemble des mesures prises par les Etats-Unis ont permis d’engranger 3 milliards de taxes supplémentaires, payées par les consommateurs américains, représentant une perte d’efficacité dans l’économie américaine de 1,4 milliard de dollars par mois en 2018. En incluant les taxes de représailles, cette étude analyse qu’un montant de 165 milliards de dollars de commerce par an serait supprimé et/ou réorienté afin d’éviter les taxes si elles devaient perdurer. L’étude démontre que les coûts associés au protectionnisme dépassent largement les gains en termes d’emplois et de génération de revenus. Il serait moins coûteux et plus efficace de protéger directement les personnes fragilisées par le commerce international. 

Aussi, les représailles n’assurent pas toujours la protection de sa propre population. Fetzer et Schwarz identifient un résultat contrasté entre l’expérience chinoise et celle de l’Europe. Les deux régions ont réussi à toucher les Etats-Unis dans des régions politiquement délicates pour le président américain, mais les Européens ont su en même temps protéger leur population tandis qu’en Chine, la population locale a dans une large mesure supporté le coût des représailles. Logiquement, cela devrait apparaître dans les statistiques, et l’on pourrait supposer que le cycle économique européen devrait s’avérer plus résilient que celui de la Chine, «toutes choses étant égales par ailleurs».

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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