Taux d’intérêt: jusqu’où vont-ils encore baisser?

mercredi, 11.09.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Ce jeudi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, donnera sa dernière conférence de presse. Il annoncera comment les gardiens de la monnaie de la zone euro envisagent de lutter contre la récession qui se propage. 

Selon toute probabilité, la BCE va encore abaisser le taux d’intérêt appliqué aux dépôts des banques, qui est déjà négatif (-0,4%) et annoncer un nouveau programme d’achat d’obligations. Ces mesures généreraient une forte pression sur la Banque nationale suisse. La BNS fera d’ailleurs connaître son évaluation de la situation une semaine plus tard, le 19 septembre. Elle devrait elle aussi abaisser encore son taux directeur (-0,75%) pour atténuer la pression haussière qui pèse depuis des semaines sur le franc.

Relancer la consommation des ménages

Les grands instituts d’émission n’ont ainsi presque plus de marge de manœuvre pour stimuler la conjoncture. Ils devraient plutôt trouver de nouvelles voies pour «pénaliser» beaucoup plus efficacement le stockage de liquidités. 

Jusqu’à présent, les banques suisses ont évité autant que possible de répercuter sur leur clientèle privée les intérêts négatifs qu’elles doivent payer pour leurs dépôts auprès de la BNS. Ce serait la seule manière de «motiver» les ménages qui détiennent une épargne excessive à effectuer davantage de dépenses de consommation ou à investir dans des placements de capitaux plus risqués.

En plus de l’hélicoptère monétaire déjà évoqué dans cette chronique la semaine passée, des économistes du Fonds monétaire international (FMI) ont imaginé une proposition quant à la manière dont un institut d’émission pourrait abaisser son taux directeur - et donc les taux d’intérêt sur le marché des capitaux pour les durées courtes - jusqu’à, par exemple, -5%. 

Si la BNS abaisse encore son taux directeur déjà négatif, les banques seront tôt ou tard contraintes de répercuter ces intérêts négatifs à leurs clients, y compris pour la détention de liquidités sur des comptes d’épargne et des comptes de transaction. A ce moment, le risque d’une ruée sur les billets de banque physiques augmentera.

Un système à deux vitesses

 

C’est là qu’intervient la proposition du FMI. Pour expliquer ce mécanisme de manière simplifiée, il faut considérer l’évolution au fil du temps du prix d’achat d’un jean de 100 francs dans un contexte d’intérêts négatifs. 

L’année où il est mis en vente, le jean coûte, au magasin, 100 francs, que le consommateur règle son achat en espèces ou avec une carte (c’est-à-dire avec de l’argent électronique). Après l’introduction d’intérêts négatifs de -5%, par exemple, le jean coûterait toujours 100 francs un an plus tard en cas de paiement par carte mais, en cas de paiement en espèces, il coûterait 105 francs et, l’année d’après, 110 francs. 

L’institut d’émission pourrait ainsi imposer à l’économie un système à deux niveaux de prix en annonçant régulièrement un «taux de change» entre l’argent physique et électronique. L’argent physique serait ainsi continuellement dévalué à hauteur des intérêts négatifs et les ménages ne pourraient plus échapper à ces intérêts négatifs en conservant chez eux des espèces.

Certes, les instituts d’émission pourraient ainsi mener encore plus loin leur politique monétaire déjà extrême. Mais cela pousserait jusqu’à l’absurde tous les principes fondamentaux d’une économie monétaire et du secteur du crédit. Il en résulterait de mauvais signaux, voire des distorsions incontrôlables et potentiellement très néfastes sur les marchés financiers et dans l’économie réelle.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

AGEFI

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