Soutenir une «transition juste»

mardi, 02.04.2019

Jean-Philippe Desmartin*

Jean-Philippe Desmartin

Alors que la COP24 s’est achevée en décembre dernier en Pologne, la nécessité de l’action contre le réchauffement climatique est comprise par tous. L’insistance toutefois de Varsovie pour faire signer aux États une déclaration sur le thème d’une «transition juste» et la révolte des «gilets jaunes» en France nous rappellent que l’enjeu de la transition énergétique ne s’arrête pas au seul pilier environnemental du développement durable. L’urgence de l’action contre le réchauffement climatique ne s’est jamais fait autant sentir, en témoigne le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en octobre 2018 sur les conséquences d’une élévation des températures de 1,5°C. 

Les dirigeants politiques sont à la manœuvre: la COP24 définit plus clairement l’application de l’Accord de Paris et de nombreux États mettent déjà en œuvre des mesures de décarbonisation de leur économie. Néanmoins, leurs conséquences ne sont pas neutres pour les populations et les territoires concernés. La Pologne, par exemple, dépend encore à 80% du charbon pour sa production d’électricité et recense 85 000 mineurs dont les emplois sont menacés. La fermeture de mines de charbon a ainsi provoqué des grèves et des protestations importantes dans le pays ainsi qu’en Allemagne. En France, le récent mouvement des gilets jaunes a pour catalyseur la hausse de la taxe carbone sur le carburant et montre qu’une fiscalité écologique risque de creuser les inégalités. Tous ces exemples soulignent la nécessité de répondre aux enjeux sociaux de la transition énergétique pour créer une transition juste.

Le concept est déjà mentionné dans le préambule de l’Accord de Paris qui prévoit que les parties prenantes doivent «tenir compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et la création d’emplois décents et de qualité». La transition énergétique doit donc passer par un accompagnement social des populations. Des initiatives existent, à l’image du Just Transition Fund aux États-Unis, créé par des fondations philanthropiques, qui accompagne d’anciens mineurs des Appalaches et finance des solutions bas-carbone. Dans le domaine de l’action publique, plusieurs économistes plaident pour l’instauration d’un «Green New Deal», un programme de relance économique luttant à la fois contre le changement climatique et les inégalités sociales.

Les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de la transition énergétique ne doivent cependant pas la retarder. Sa réalisation sera elle-même créatrice d’emplois et de croissance. L’OCDE estime ainsi que la transition énergétique devrait engendrer un supplément de croissance des économies du G20 de 5% d’ici 2050. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), la mise en place de l’Accord de Paris devrait générer 24 millions d’emplois. Enfin, ralentir la transition augmenterait le fardeau transmis aux générations futures comme l’explique le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dans une récente note**: «Il est préférable de léguer des dettes financières, qui peuvent être gérées d’une manière ou d’une autre, que de confronter nos enfants à une catastrophe écologique potentiellement impossible à gérer.»

* Directeur de l’Investissement responsable, Edmond de Rothschild Asset Management

** www.project-syndicate.org/commentary/yellow-vests-green-new-deal-by-joseph-e-stiglitz-2019-01





 
 
 

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