Sous un bel emballage, des produits hors de prix

jeudi, 13.09.2018

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

Pétries de bonnes intentions, les deux initiatives agricoles soumises au vote le 23 septembre prochain conduisent à une impasse. Si elles étaient acceptées, les consommateurs le paieraient par un renchérissement et une restriction du choix des aliments.

Il est ardu, a priori, de critiquer des initiatives qui ont pour but de nous faire manger mieux. Derrière de louables intentions, pourtant, l’initiative des Verts, «Pour des aliments équitables» et celle d’Uniterre, «Pour la souveraineté alimentaire», cachent une kyrielle de désagréments, voire de menaces pour notre pays. Fondamentalement, ces deux initiatives exigent un changement de cap dans la politique agricole de notre pays en privilégiant la production équitable et locale, tout en imposant des prescriptions sévères aux producteurs étrangers. Ce que l’on découvre est tout sauf réjouissant, car les consommateurs, les entreprises et les agriculteurs risquent de le payer très cher. La population commence heureusement à s’en rendre compte.

L’initiative sur les aliments équitables entend renforcer l’offre en aliments produits durablement. Rien de neuf sous le soleil, car la population suisse a déjà montré son attachement à une agriculture indigène forte et de proximité en plébiscitant la notion de sécurité alimentaire dans la Constitution, le 24 septembre 2017. Là où le bât blesse, c’est que le texte des Verts entend imposer nos réglementations écologiques et sociales aux producteurs des aliments que nous importons, qu’ils soient bruts ou transformés. Comment imaginer l’application et le contrôle d’un tel mécanisme sans créer un monstre bureaucratique? D’autant plus que sa mise en œuvre aurait pour effet de renchérir les produits alimentaires. Notre pays serait bien mal avisé d’emprunter cette voie qui mènera inéluctablement à des difficultés, voire à des mesures de rétorsion avec les pays dont nous rejetterions les produits agricoles.

L’initiative sur la souveraineté alimentaire va encore plus loin. Elle prévoit de prélever des droits de douane pour entraver les importations de produits qui ne seraient pas fabriqués dans le respect des normes sociales et environnementales suisses. À l’instar de l’autre texte soumis au vote, la volonté de soumettre tous les produits agricoles et les denrées alimentaires importés aux normes de qualité suisses constituerait une violation des engagements commerciaux pris par notre pays et des obligations auxquelles il est tenu par la réglementation des échanges et le droit européen. Là aussi, des mesures de rétorsion, néfastes pour l’ensemble de notre industrie d’exportation, pourraient être prises par les États qui se sentiraient lésés. Avec, pour effets collatéraux, une restriction du choix des produits et une augmentation des prix.

Le réalisme doit l’emporter sur la bonne conscience. Le Conseil fédéral et le Parlement, dans sa très grande majorité, recommandent le rejet de ces deux textes. C’est ce que nous ferons le 23 septembre, avec détermination.

* Directrice, CVCI





 
 
 

AGEFI

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