Shareholder ou stakeholder value? Vers l’entreprise citoyenne

jeudi, 03.10.2019

René Longet*

René Longet

Faire converger la création de valeur financière et la création de valeur sociale et environnementale est le sens même de la durabilité, et l’affirmation centrale de toute finance durable. Orienter les flux financiers vers les urgences de notre temps, vers les vrais besoins de l’humanité, est la raison d’être des 17 Objectifs de développement durable et de leurs 169 cibles, retenus voici exactement quatre ans par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Ce référentiel vise à mobiliser l’ensemble des acteurs: individus, société civile, collectivités publiques, monde économique. Il s’agit de prendre ces orientations pour cibles des investissements privés et publics, et aussi de sortir de la spirale des taux de rendement excessifs pressurant l’économie réelle, fondés sur des feux de paille et un enrichissement abusif.
Il ne doit plus être possible de gagner sa vie en la détruisant, de développer de la rentabilité sur le dos d’autrui ou des générations à venir. Comme il ne doit plus être possible d’opposer les fins de mois des personnes et des entreprises, et les fins de mois de la planète. Pour cela, les systèmes de représentation comptables doivent comprendre la mesure de l’impact écologique et social des activités menées. La même question se pose pour le PIB, qui ne retient que les seuls flux financiers, occultant les services écosystémiques rendus à la société et à l’économie par la nature, les engagements bénévoles au sein de la famille et de la vie associative et citoyenne, la répartition des biens et les stocks...
Ce travail de redéfinition des référentiels de bonne gestion est essentiel, tant au niveau macro- que microéconomique, responsabilité qui incombe aux organismes techniques en charge de ces outils. Mais il faut aussi que les dirigeants des entreprises (administrateurs et management) ne soient plus évalués quasi exclusivement sur leurs performances financières, mais aussi sur leurs résultats écologiques et sociaux. Faire évoluer le droit dans ce sens est l’engagement clé d’une organisation comme B-Corp.
A ce sujet, on ne peut que se réjouir de la prise de position, publiée le 19 août dernier, de 181 dirigeants de grandes entreprises américaines, sous l’égide de la «Business Round Table». Rompant avec la doctrine précédente de cet organisme selon laquelle l’unique mission d’une entreprise est de maximiser sa valeur financière au profit de ses actionnaires (shareholder value), ce bref document affirme sa responsabilité à l’égard toutes les parties prenantes (stakeholder value): ses clients, ses salarié.e.s et ses fournisseurs. Mais aussi les communautes dans lesquelles elle agit, et l’environnement, à protéger à travers des pratiques conformes aux exigences de la durabilité.
Les actionnaires restent naturellement les propriétaires des actifs, mais la gestion de ces derniers se fera dans le respect des intérêts de toutes les parties prenantes et dans une perspective de long terme. Une belle façon de refermer la parenthèse de la primeur absolue de la finance et de retrouver les contours d’une économie de marché à dimension et à finalité écologique et sociale. Reste à inscrire cette redéfinition des conditions-cadre dans nos législations.

* Expert en développement durable





 
 
 

AGEFI

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