Qui pour surveiller le surveillant?

mardi, 04.06.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Deux fois par an, le Trésor américain publie une analyse des politiques monétaires menées par ses partenaires commerciaux. Le rapport du mois de mai vient de paraître. Le but de l’exercice est de combattre des politiques jugés déloyales. Ainsi, les politiques des partenaires commerciaux les plus importants pour les Etats-Unis sont examinées à la loupe et notamment trois critères et un seuil. Le seuil en question est la somme des exportations et importations de produits manufacturiers qui, au-delà de 40 milliards de dollars, place le pays en question sur la liste de «surveillance».

Fin 2018, 21 pays étaient ainsi qualifiés. Viennent ensuite les autres critères. Premièrement, les pays qui affichent un surplus de plus 20 milliards de dollars de  de leur balance commerciale de produits manufacturiers avec les Etats-Unis. Deuxièmement, les pays dont les comptes courants (biens, services, et transactions financières) dépassent 2% du PIB (produit intérieur brut). Enfin, le Trésor va également épingler tout pays étant intervenu sur les marchés de taux de change d’une manière unidirectionnelle (achat de devises) à hauteur de 2% de son PIB, et/ou si les achats de devises ont été persistants depuis 6 à 12 mois.  Tous ces critères ont encore été durcis depuis le rapport de l’automne 2018. 

Concernant la Chine, le Trésor américain s’estime soucieux de la politique de sous-évaluation du yuan par rapport au dollar. Cette observation est fort discutable car depuis 2010, le yuan s’est apprécié de près de 25% sur base effective et réelle (pondéré par les parts des partenaires commerciaux et ajusté pour l’inflation). Contre le dollar, le yuan a tendance à suivre les évolutions des autres devises majeures, suggérant que le mouvement est davantage conditionné par le dollar que par les autres devises. Les Américains n’apprécient pas non plus le déficit qu’ils entretiennent eux-mêmes avec la Chine concernant la balance commerciale. Il faut noter que la manière la plus efficace de le corriger, si c’est cela l’objectif, serait de relever les impôts aux Etats-Unis pour diminuer la demande en faveur des importations. Pourtant, l’administration américaine a fait le contraire, et il incombe alors à la Chine de corriger l’erreur. 

Les autres pays inclus dans ce rapport sont le Japon, la Corée du Sud, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, Singapour, la Malaisie, et le Vietnam. Concernant les pays européens, l’approche est surprenante; le rapport nomme trois pays de la zone euro mais pas les autres, et cite une devise sous-évaluée pour  l’Allemagne mais pas pour les autres. 

L’Inde, ainsi que la Suisse, ont été retirées de la liste depuis l’automne dernier. L’Inde ayant dû intervenir en faveur de sa devise, et la Suisse parce que le pays répond à seulement un des trois critères selon le rapport - celui du compte courant (quelques 10% du PIB). Le Trésor considère que les interventions de la Banque nationale suisse en faveur d’une dépréciation du franc suisse ont été modestes depuis mi-2017, et représentaient moins de 2 milliards de dollars en 2018, ou 0.3% du PIB. 

Nous saluons la décision concernant la Suisse, mais constatons que le formalisme de l’analyse  n’arrive pas à faire oublier une forte subjectivité. Il faudrait quelqu’un pour surveiller le surveillant.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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