Qu’est-ce que le leadership compassionnel?

dimanche, 17.05.2020

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Quotient émotionnel, empathie et soft skills sont des mots qui font désormais partie du vocabulaire managérial. Tous désignent des capacités humaines d’attention, d’écoute, de compréhension des autres. Tous sont désormais considérés comme des compétences attendues de tous et chacun dans l’entreprise.

Dans un monde du travail en quête d’engagement, il est devenu incontournable de développer les aptitudes à la sensibilité sociale. Reconnaître et valoriser l’altérité sont même définis comme des conditions pour produire de l’intelligence collective. Nous sommes tous sensibles à la façon dont on s’adresse à nous et aux formes que revêtent les interactions sociales dans lesquelles nous sommes impliqués. La forme devient elle plus importante que le fond? En fait ce n’est pas nouveau.

À la fin des années 1920 Elton Mayo, professeur à Wharton puis à Harvard, démontra que la productivité du travail repose principalement sur l’intérêt que l’on porte aux travailleurs, bien avant les conditions objectives de travail. Ces travaux donneront naissance à l’école des relations humaines qui jusqu’à nos jours est à l’origine des recherches en psychologie du travail. Maslow quelques années plus tard théorisera les ressorts de la motivation, pour conclure que l’être humain se réalise pleinement à travers l’estime de soi et des autres et l’accomplissement personnel. 

Le QE, l’empathie, les soft skills, la sensibilité émotionnelle ne nous disent rien d’autres. Presque cent ans plus tard, ce sont les mêmes mécanismes avec d’autres mots. La littérature managériale parle de «leadership compassionnel». Celui-ci se définit comme la conscience de soi et des autres, l’empathie, la compassion et l’acceptation de la vulnérabilité. On peut identifier trois niveaux permettant de déployer un management compassionnel.

Le premier consiste à créer des espaces dans lesquels peuvent s’exprimer et s’entendre les émotions de chacun. Ce niveau est encore plus nécessaire en période de crise. Il s’agit de créer des moments et des lieux où peuvent être abordées les craintes, les angoisses, les causes de stress. Pouvoir exprimer ses émotions et entendre celles des autres est une des conditions de la collaboration productive.

Le deuxième niveau du leadership compassionnel oriente les pensées, l’énergie de l’équipe vers l’atteinte de son objectif partagé. Travailler ensemble dans un but commun permet d’avancer. Littéralement c’est la création d’une dynamique qui permet à chacun de prendre conscience de ses aptitudes, de sa capacité à contribuer positivement à un dessein qui n’est pas lui-même. Travailler ensemble c’est s’enrichir des échanges et des apports des uns et des autres, c’est constater à chaque instant qu’un problème peut toujours trouver une solution quand on l’aborde ensemble. 

Le troisième niveau du leadership compassionnel consiste à créer une communauté de travail, c’est-à-dire créer un sentiment d’appartenance, une identité commune, des valeurs et des objectifs partagés. On est ensemble à la fois parce que l’on fait quelque chose en commun, mais également pour ce qu’on est. Il y a quelques décennies le travail humain s’appréciait principalement sous un angle quantitatif. Pour le taylorisme, la productivité reposait sur les quantités produites par heure travaillée. Au XXIe siècle, la productivité du travail repose sur la créativité qui est source de résolution de problèmes complexes et d’innovation. Les robots font la productivité quantitative, les hommes et les femmes innovent.

* Président, EGMA 





 
 
 

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