Quels seront les défis de la génération alpha?

mercredi, 10.06.2020

Luc Oesch*

Luc Oesch

L’innovation technologique, les nouveaux métiers et la croissance économique feront partie des nombreux challenges des enfants d’aujourd’hui.

De tout temps, chaque génération a eu besoin de se positionner. D’abord face aux générations précédentes, mais surtout par rapport aux suivantes. N’échappant pas à cette tendance, nous avons les yeux rivés sur la génération Z, alors que la prochaine génération «alpha», désignant les personnes nées après 2010, pointe déjà à l’horizon. Il s’agit d’une génération qui n’aura connu que le XXIe siècle et qui sera la plus instruite, la plus connectée et peut-être la plus riche. Plusieurs défis majeurs attendent néanmoins cette classe d’âge qui représentera environ 2 milliards de personnes en 2025.

Premièrement, il est certain que la génération alpha sera au cœur de nouvelles dynamiques technologiques: plus de clavier, on est passé au tout tactile; plus de jeu vendu sans casque de réalité virtuelle, on veut toujours plus de sensations. Avec cette nouvelle génération, nous basculons dans le monde de «l’internet of everything», soit une société dans laquelle tout est en réseau, de la voiture à l’aspirateur automatique en passant par la tondeuse à gazon. Pourtant, il y aura sûrement moins d’écrans demain, car bien des choses seront pilotées par la commande vocale qui comprendra peut-être les quelques 7000 langues parlées dans le monde.

La deuxième constatation concerne évidemment les métiers de demain. Nous pouvons certes penser que certaines professions «traditionnelles», tels qu’enseignant, médecin, ou encore policier auront toujours la cote. Néanmoins, les «gamers» et autres «youtubeurs» vont certainement gagner en importance et capacité lucrative. Plusieurs études dont celle du Forum économique mondial indiquent que plus des deux tiers des enfants d’aujourd’hui exerceront un métier qui n’existe pas encore. Pensons par exemple aux emplois émergents dans le domaine du tourisme spatial, de l’agriculture urbaine (sous-sol et hauteur) ou encore de l’ébouage de données sur le web. Ces nouvelles professions auront une influence considérable sur l’organisation des entreprises.

Le travail indépendant, le télétravail ou encore le reverse mentoring (les jeunes forment les plus âgés à maîtriser le digital), sont autant de nouvelles tendances qui deviendront la norme. Tout comme il sera normal à 35 ans d’être passé par plusieurs emplois différents qui n’auront rien à voir entre eux, mais qui auront permis une adaptation et un apprentissage permanents. Quand on voit des enfants de 8 ans qui ont déjà leur propre chaîne YouTube, on se dit qu’on arrive peut-être à la fin de l’époque du premier emploi à 30 ans, après trois masters et deux thèses de doctorats. Ces profondes mutations sociétales dans lesquelles grandiront nos enfants doivent être assimilées et intégrées à la fois par les entreprises et par le système éducatif pour élaborer ensemble des conditions propices au futur monde du travail.

Toutefois, le plus grand défi de cette génération, et même sa principale mission, sera de concilier la croissance économique avec la durabilité des investissements et les enjeux climatiques. L’intelligence artificielle et le machine learning seront à la fois une aide pour y parvenir, mais également une forme de concurrence. Selon le directeur de l’ingénierie chez Google, Ray Kurzweil, «dans 30 ans nous pourrons charger notre esprit dans un ordinateur. Il faudra cependant attendre l’an 2100 avant de pouvoir posséder un corps robotique et profiter pleinement d’une immortalité!». On ne sait s’il faut vraiment s’en réjouir. Car en l’absence de mort, la vie a-t-elle encore du sens?

* Directeur des finances et des institutions de prévoyance, Centre Patronal





 
 
 

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