Quelles leçons a-t-on tiré de la crise des «subprimes»?

jeudi, 14.02.2019

Jean-Philippe Desmartin*

Il y a des commémorations dont on se passerait bien. Entre 2007 et 2009, s’est déroulée la pire crise financière depuis le krach de 1929, avec deux événements phares, la faillite de Lehman Brothers et le scandale Madoff. Ceux qui l’ont vécu sur les marchés financiers s’en souviennent. 10 ans après, quelles leçons ont été tirées? 

Pour les plus optimistes, le verre est à moitié plein. Le système financier est plus solide qu’il y a 10 ans. L’utilisation sans chambre de compensation des produits dérivés a été réduite. Les banques sont soumises à des contraintes plus fortes en matière de fonds propres. Des contraintes supplémentaires ont été appliquées sur les plus grandes, dites systémiques.

Bonus/malus

Les rémunérations variables sont mieux encadrées avec désormais des systèmes de bonus/malus. Une information réconfortera l’épargnant individuel; peu de gens savent que 70% de l’argent escroqué dans le scandale Madoff a été récupéré au final. 

Enfin, cette crise a rappelé le rôle essentiel et premier de la finance pour le développement de l’économie réelle et des sociétés. Pour les plus pessimistes, le verre est à moitié vide. La quasi-totalité des responsables de la crise a échappé à des poursuites pénales, principalement via des règlements à l’amiable. Des pans entiers de la finance sont encore peu régulés à l’instar du «shadow banking» et autres «dark pools» tandis que l’administration Trump est à la manœuvre pour démanteler les réglementations mises en place au sein de la sphère financière depuis 2008. 

Dette étudiante

Mais surtout la question de la dette n’est aucunement réglée au niveau global, publique comme privée, ou sur certaines poches majeures comme la dette étudiante ou le crédit automobile aux États-Unis. Bref, les zones de risques sont nombreuses et la marge de manœuvre de l’interventionnisme public est désormais réduite à peau de chagrin. 

S’il y a bien une leçon à tirer de cette crise, et dans la perspective de la prochaine, (eh oui il y en aura une!), c’est que la gouvernance est incontournable, que l’on s’intéresse aussi bien à un État pour sa dette souveraine qu’à un émetteur pour sa dette ou ses actions. 

Pont naturel

La gouvernance, dans sa définition la plus large, regroupe aussi bien l’éthique des affaires, la qualité du management que le gouvernement d’entreprise. Elle constitue le pont naturel entre analyse financière et extra-financière. Rendons hommage à Warren Buffet. L’une des règles d’or du sage d’Omaha pour un investissement de long terme, dit «forever», est d’investir dans un management honnête.

*Directeur de l’Investissement Responsable EDR AM





 
 
 

AGEFI

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