Que retiendront les livres d’histoire de la crise du coronavirus? Un regard prospectif

mercredi, 01.04.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Lorsque les générations futures consulteront les livres d’histoire pour s’informer sur les événements du début du XXIe siècle, peut-être y liront-ils qu’à deux reprises, l’humanité a dû apprendre à ses dépens que la mondialisation était devenue un risque systémique.

A la fin de la première décennie, l’imbrication démesurée du système financier et ses failles ont entraîné l’effondrement quasi-total du marché des crédits immobiliers «subprime» aux Etats-Unis. 

Quelque dix ans plus tard, un virus dénommé Sars-CoV-2 s’est propagé sur toute la planète à une vitesse fulgurante, contraignant les gouvernements du monde entier à adopter des mesures d’endiguement très strictes pour éviter un effondrement des systèmes de santé. 

Ce phénomène a provoqué une nouvelle récession mondiale extrêmement profonde et synchronisée. Les enseignements tirés de ces événements ont favorisé par la suite des tendances dans une certaine mesure déjà observables auparavant.

La démondialisation

De toute évidence, «America first», le slogan de Donald Trump, le Brexit, puis la guerre commerciale sino-américaine étaient déjà des signes indiquant que de nombreux gouvernements allaient se recentrer à nouveau sur leurs intérêts nationaux et la protection de leurs secteurs d’activités et de leurs sites de production. 

Dans les pays industrialisés occidentaux, une opinion semble avoir fait son chemin. Une mondialisation débridée reposant sur des échanges internationaux quasi sans entraves de capitaux, de marchandises, de services, de savoir-faire et, avant tout, de main d’œuvre au sein d’une population active moins bien formée fait plus de perdants que de gagnants. 

L’onde de choc provoquée par les perturbations et retards considérables dans les chaînes d’approvisionnement mondiales a été, pour de nombreuses entreprises, également le catalyseur d’une prise de conscience accrue des énormes dépendances dans la structure des chaînes d’approvisionnement mondialisées. Dès lors, il ne serait pas surprenant que les livres d’histoire de demain désignent la crise du coronavirus comme le déclencheur d’une nette accélération de la tendance à une structure de production plus locale.

La durabilité

Une production plus locale va certainement aussi de pair avec les préoccupations des partisans d’une durabilité accrue du système économique. Il est vrai que l’achat de produits semi-finis et intermédiaires répartis dans le monde entier et auprès des fournisseurs les plus avantageux a contribué à produire plus efficacement et, au final, moins cher pour le consommateur.

Il n’en demeure pas moins que, si les voies de transport nécessaires à une structure de production mondiale sont trop «abordables», la production devient à terme «trop mondiale». 

Par conséquent, une taxe d’incitation sur les combustibles fossiles justement déterminée augmenterait les prix relatifs de voies de transport longues et favoriserait une production plus durable et plus locale.

Rivalité entre modèles économiques et sociétaux

La crise du coronavirus pourrait devenir un autre point de cristallisation de la rivalité qui oppose deux modèles économiques et sociétaux concurrents: le modèle démocratique et libéral occidental et le modèle autocratique, porté avant tout par la Chine et fondé sur un système de partis avec une surveillance et une orientation étatiques rigoureuses. Quelques semaines à peine après l’apparition du coronavirus, de premières interprétations semblaient soutenir que les régimes autocratiques parvenaient à surmonter la crise de manière plus rapide et plus efficace. 

Toutefois il est encore un peu trop tôt pour dire quel modèle économique et sociétal aura les meilleures cartes en main pour continuer de prospérer une fois la crise surmontée.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 
 

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