Quatre questions pour comprendre les soft skills

dimanche, 19.05.2019

Christophe Clavé*

La littérature et la recherche s’intéressent depuis plusieurs années déjà aux soft skills. Dans ses travaux, James Heckman, prix Nobel d’économie en 2000, a démontré de façon consistante la manière dont la performance humaine est conditionnée à la fois par les savoirs classiques (mathématiques, expression écrite, etc.) et par les soft skills.

Que sont les soft skills? Ce terme est souvent utilisé en anglais, sans traduction, tant il est devenu à la mode. Il traduit ce que certains appellent les compétences «non cognitives», laissant ainsi entendre qu’elles sont difficiles à mesurer. D’autres les nomment «compétences comportementales» les opposant ainsi aux «compétences techniques». D’autres enfin les définissent comme les compétences que les robots et l’intelligence artificielle auront plus de mal à développer, à savoir les capacités typiquement humaines. Proposant une synthèse de ces différentes approches, je distinguerais deux catégories de soft skills: celles qui nous aident à travailler, créer, innover ensemble, et celles qui sont plus liées à notre personnalité propre et qui sont nécessaire à la mise en œuvre des précédentes.
En quoi consistent les soft skills? Il s’agit de mieux co-agir, de compétences sociales, émotionnelles comme l’empathie (la capacité à entendre et tenir compte des émotions des autres), et comportementales, mais aussi de la résolution de problèmes, de l’intelligence émotionnelle, de la communication, du sens des priorités, de l’esprit d’entreprise, de la vision et la visualisation, du sens du collectif.
La seconde catégorie a plus trait à la persévérance, à la conscience de soi, au contrôle de soi, aux capacités de leadership, la confiance en soi et en les autres, la gestion du stress, la créativité, l’audace, et la curiosité.
Où les soft skills sont-elles employées? Elles sont perçues comme nécessaires dans l’entreprise dans les mêmes proportions que les connaissances techniques ainsi que scientifiques. De nombreuses enquêtes (notamment celles publiées par le World Economic Forum) mettent au même niveau la nécessité (ainsi que les difficultés) des entreprises à recruter des compétences scientifiques et techniques mais encore plus des compétences sociales, de coopération, de collaboration et de leadership.
Aux Etats-Unis la structure des emplois ainsi que des recrutements montre depuis trente ans un véritable renversement des besoins en faveur des compétences sociales. De même est démontrée la réussite supérieure des étudiants lorsque leurs enseignements intègrent l’apprentissage de soft skills.
Les soft skills peuvent-elles s’apprendre? Les études ont montré que la capacité à développer ses soft skills est directement corrélée au niveau d’éducation. Ce qu’il est intéressant de noter est que le niveau d’éducation des parents a aussi une influence sur la capacité de progresser ainsi que de développer ses compétences «non cognitives».
L’explication proposée est qu’une partie de ces compétences sont inculquées à la maison, dès le plus jeune âge, et dans les modalités des interactions familiales. Les compétences sociales s’apprennent, mais surtout se vivent. Les intégrer au cœur d’un projet éducatif ainsi que poursuivre leur mise en œuvre est une condition de leur enseignement.
Ce qui est passionnant c’est que les études montrent qu’il ne s’agit pas d’opposer les compétences, mais bien de les combiner. Les groupes humains les plus performants sont ceux qui parviennent à combiner effectivement la science ainsi que la technique avec les compétences intimement humaines et relationnelles.

* Professeur de stratégie et de management, INSEEC SBE





 
 
 

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