Quatre capitaux pour créer de l’intelligence collective

dimanche, 01.09.2019

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

Nous avons dans ces colonnes abordés l’intelligence collective (IC) sous des angles variés, depuis sa création jusqu’à son usage dans l’apprentissage et la transmission des savoir. Un article de Pierre Levy publié dans la revue Sociétés propose un champ nouveau des usages, des atouts et de la contribution de l’intelligence collective.

Qu’est-ce que l’IC? C’est le niveau d’intelligence permettant à une équipe d’atteindre des performances qu’aucun des individus du groupe n’aurait pu atteindre seul.

La coopération intellectuelle

On parle ici de coopération intellectuelle entre humains, dans le but d’améliorer l’apprentissage et la création collective. La dimension cognitive est au centre de l’IC. C’est bien la collaboration entre personnes qui permet d’élargir les champs des perceptions, de la mémoire, du raisonnement, des croyances et des apprentissages.

Le langage à ouvert à l’humanité la possibilité de poser des questions, de raconter des histoires et de dialoguer. C’est le langage qui a permis à l’homme d’inventer les nombres, les dieux, les lois, les œuvres d’art, les calendriers, etc.

L’importance du langage

C’est le langage qui différencie la collaboration des hommes de celle des fourmilières ou des ruches. C’est le langage qui en se spécialisant a permis la création «d’écosystèmes d’idées» qui permettent de dialoguer, de complexifier la pensée.

Chaque discipline, la science, la médecine, le management a développé son langage qui est le socle d’échanges de réflexions, d’apprentissage, et d’intelligence collective.

On peut déplorer que ces langages techniques appauvrissent la langue. On peut aussi reconnaitre qu’ils permettent les échanges, le partage, la reproduction, la circulation des idées ouvrant ainsi la voie à la construction d’un savoir propre et qu’ils sont ainsi source d’IC.

Les conditions de l’apparition de l’intelligence collective dans un groupe de personne a été décrit par la littérature scientifique: combiner sensibilité sociale (écoute des émotions de chacun), partage équilibré du temps de parole, le tout avec un certain niveau de diversité, pas trop grand, pas trop restreint.

On aborde ici une autre dimension qui est celle de la création d’IC au-delà d’un groupe de travail, mais dans le cadre d’une communauté, comme une entreprise par exemple. On parle alors d’un socle fait de quatre «capitaux» essentiels.

Tout d’abord le capital social, fait d’un réseau de personnes aux rôles et contributions définies. C’est la quantité et la qualité des échanges qui accroit la valeur de ce capital social.

Des capitaux comme actifs

Vient ensuite le capital technique qui sert de plateforme aux échanges. Arrive ensuite le capital culturel, qui se compose du savoir référencé et formalisé. Les documents, la littérature, le savoir formalisé et accessible forment ce capital culturel. Enfin le capital intellectuel, que constitue le réseau de relations entre les personnes et les idées, entre le capital social (les membres du réseau) et le capital culturel (le savoir formalisé).

Ces quatre capitaux peuvent pour une entreprise être gérés comme des actifs, des atouts à consolider, entretenir et développer. Maintenir une dynamique entre ces pôles permet d’en faire le terreau qui accroitra la fertilité de l’organisation, et sa capacité à créer de l’intelligence collective. S’il n’existe pas encore de théorie générale de la coopération intellectuelle, un consensus semble se dessiner autour du fait qu’une économie du savoir reposant sur une dynamique des interactions humaines est une des conditions du dynamisme social et culturel des entreprises et des sociétés contemporaines.

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki




...