Vanité intellectuelle

jeudi, 29.11.2018

Quand Léonard de Vinci est au bord de la falaise, il ne voit pas le vide, il voit soit un pont, soit un homme oiseau.

Pécub

Manquera-t-il toujours des ponts et des hommes oiseau entre les cartésiens et les fous?

Si Léonard voit des ponts et des hommes oiseau, cela n’est pas sous l’effet de substances hallucinogènes propres au quattrocento, c’est parce qu’il les a dessinés dans sa tête avec son imagination, ensuite avec un crayon sur du papier.

Paul Valéry, élève tardif du Vinci, disait de son Maître qu’il menait une double vie mentale. Une première vie à prendre conscience des pensées qui voyagent dans l’esprit avec une logique inconnue, et de leur trouver une homogénéité. Une seconde vie à en libérer toutes les combinaisons, légitimes, naturelles, à en exciter leurs flux avec méthode jusqu’à ce que l’idée ou le désir surgisse. Le dormeur éveillé viendra clore ce processus avec un EURÈKA. J’ai trouvé.

L’intellectuel dira à Léonard de Vinci, ce que tu as trouvé n’est pas scientifique, tu dois prouver que cela existe. Et que si cela fonctionnait, cela se saurait. Il est vrai que le Vinci est fort absent de la littérature académique. Comment donc que cela se fait-il que l’on l’ait bombardé plus grand génie de tous les temps? À y perdre son américain, pourquoi pas Einstein, Picasso, Archimède, Rockefeller ou Jeansairien?

Confronté aux intellectuels purs et obtus, le Vinci nous écrira: «certains présomptueux diront de moi que je suis un ignorant, en alléguant que je ne suis pas un lettré. Triste engeance*. Mais moi, Léonard de Vinci, pour étudier les choses que je veux étudier, mon expérience vaut mieux que la parole d’autrui». Nous aurons bien compris que pour les lettrés, les intellectuels, les personnes qui aiment dessiner c’est des rigolos, et que si leur travail n’est pas côté au marché de l’art, cela ne vaut pipette.

Qu’est-ce qui sépare l’esthétique intellectuelle du lettré reconnu par l’Académie, de la réflexion du dessinateur inconnu du coin de la rue? Le vide.

Manquera-t-il toujours des ponts et des hommes oiseau entre les cartésiens et les fous? Oui, si l’on continue à remplir les datacenters avec du vide.

*En langage d’aujourd’hui, Léonard de Vinci aurait dit: bande de sinistres imbéciles.





 
 
 

AGEFI

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