Pour une Suisse souveraine et fiable

jeudi, 04.04.2019

Catherine Lance Pasquier*

Catherine Lance Pasquier

Les pourfendeurs des relations entre la Suisse et l’Union européenne (UE) ont développé un concept qui fait fureur dans leurs rangs, celui du diktat de l’UE. Pratique, cette idée peut être utilisée pour à peu près tout ce qui a trait de près ou de loin avec nos partenaires européens. Ces derniers temps, on la retrouve pour l’accord-cadre, un compromis qui résulte pourtant de plusieurs années de négociations entre la Suisse et l’UE, et pour la révision partielle de la loi sur les armes, qui permet à la Suisse de transposer dans son droit national les modifications de la directive européenne sur les armes.

Ce concept ne fait pourtant pas honneur à la Suisse, puisqu’il pose systématiquement notre pays en victime impuissante de l’ogre bruxellois. Et il ne reflète pas la réalité: la Suisse fait un vrai usage de sa souveraineté en défendant ses intérêts et ses valeurs par le biais d’un réseau dense d’accords internationaux et de relations étroites avec l’UE, son premier partenaire et premier client. 

Prenons la participation de la Suisse à l’espace de sécurité commun de Schengen, menacée par le référendum contre la révision de la loi sur les armes. Qu’en est-il? La Suisse a souhaité s’associer à l’accord de Schengen qui offre aux Européens une coopération policière et judiciaire renforcée ainsi qu’une plus grande liberté de voyager. Le peuple a accepté en votation populaire en 2005 cette association. La situation en matière de sécurité n’étant jamais acquise, il convient de s’adapter à l’évolution des menaces. L’acquis de Schengen évolue avec cette situation. C’est une règle du jeu connue et acceptée par tous. En signant l’accord d’association à Schengen, la Suisse s’est engagée à reprendre les développements de l’acquis de Schengen.

Ces changements ne sont toutefois pas imposés brutalement. La Suisse dispose de droits de participation importants dans le processus de décision. Elle fait entendre sa voix et influe sur la décision finale, comme elle l’a fait par exemple pour la directive sur les armes. Elle a obtenu la préservation de sa tradition de tir et la reconnaissance de ses spécificités en matière de détention d’arme d’ordonnance.

La Suisse prend ainsi directement part au développement de la coopération européenne en matière de sécurité. Et les processus démocratiques suisses sont respectés. C’est pourtant ce que les opposants à la révision de la loi sur les armes qualifient de diktat. Mais pourquoi les règles du jeu auxquelles la Suisse a librement adhéré et qu’elle a contribué à façonner seraient-elles valables pour tous sauf pour elle-même? 

Dans les relations entre Etats comme entre individus, le vivre ensemble implique de respecter un équilibre entre droits et devoirs. La Suisse n’est pas un État prédateur qui prend tout ce qui lui est utile et qui s’affranchit de tout devoir ou obligation en retour. C’est un pays considéré comme un partenaire fiable parce qu’il respecte ses engagements. La Suisse fait valoir sa souveraineté en jouant à armes égales avec les autres pays, en contribuant à définir notre espace commun de sécurité. C’est le repli sur soi et la négation de ses engagements qui la condamnerait à subir le diktat des autres.

*FER





 
 
 

AGEFI

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