Pour une répartition juste et efficace des ressources médicales

dimanche, 28.06.2020

Anne O. Krueger*

Anne O. Krueger

Après avoir ravagé les pays développés, le Covid-19 dévaste maintenant les pays en développement et les pays émergents qui, pour la plupart d’entre eux, ne disposent ni des mo­yens médicaux ni des moyens financiers pour faire face à la pandémie et à ses conséquences économiques.

La distanciation sociale, le lavage des mains, le port du masque et le confinement constituent la première ligne de défense des pays avancés. 

Mais pour les pays pauvres, ces mesures sont inapplicables en pratique. Les habitants y sont entassés dans des logements trop petits et il leur est difficile de trouver du savon ou des masques.

Certes, les nations développées et les institutions internationales coordonnent leur aide financière à ces pays, mais il faut encore palier leur insuffisance en matériel et en médicaments de première nécessité.

En période normale, le marché permet une répartition efficace des ressources, la hausse des prix suscitant une baisse de la demande et une offre adaptée, mais les choses ne se passent pas ainsi lors d’une crise. Il ne suffit pas d’aider financièrement les pays pauvres pour qu’ils aient accès au matériel indispensable. Des moyens financiers supplémentaires pourraient leur permettre d’accéder aux marchés mondiaux, mais cela se traduirait par une hausse des prix. 

En fin de compte, l’offre à court terme en matériel de protection individuelle ne pouvant augmenter rapidement, les pays riches les obtiendraient au détriment des pays pauvres.

Un mécanisme

de rationnement

Quand un vaccin sera disponible, si l’on abandonne sa distribution au marché, la concurrence pour l’approvisionnement sera encore plus vive entre pays pauvres et pays riches.  

En l’absence d’un mécanisme d’allocation, au début la demande dépassera l’offre, ce qui entraînera une envolée des prix. Et même si l’offre augmente et les prix diminuent, il restera des problèmes. Si les restrictions à l’exportation sont maintenues, le coût élevé des unités de production en con­struction détournera des ressources précieuses ­initialement destinées aux programmes de lutte contre la pauvreté. 

Ces unités étant déjà en construction, elles ne contribueront pas à augmenter la capacité de production au moment où ce sera le plus nécessaire, lorsque les prix s’envoleront. 

A long terme, l’achèvement de la construction de ces unités dans les pays riches ne permettra pas aux plus productives d’entre elles d’exporter en quantité dans les pays pauvres, car ces derniers auront été contraints de compter sur leur propre capacité de production, souvent peu performante. Les pays riches se retrouveront alors avec une capacité de production excédentaire et tout le monde sera perdant.

Un mécanisme de rationnement de la distribution des ressources médicales permettrait d’éviter un tel aboutissement en attendant que la production n’augmente.

Les pays riches ne devraient pas se contenter d’accorder une aide financière ou des prêts supplémentaires aux pays pauvres pour qu’ils achètent ce dont ils ont besoin, car ils financeraient alors une guerre commerciale contre eux-mêmes. Au lieu d’argent, il faudrait fournir aux pays qui en manquent les ressources médicales qui leur font défaut.

Pour sa part, la communauté internationale devra se mettre d’accord sur des critères d’allocation des ressources médicales; devraient y figurer notamment le taux d’infection et la capacité hospitalière.

Disposant de la plupart des données nécessaires, l’OMS devrait avoir un rôle essentiel pour coordonner l’allocation des ressources médicales. 

Dans l’idéal, chaque pays recevrait ce dont il a besoin, indépendamment de sa capacité financière. Mais en pratique, si ce n’est à les démotiver, ceux qui auront développé un vaccin et les fabricants d’équipement médical de protection individuelle devront être récompensés de leurs efforts – ce qui ne devrait pas entraîner une guerre commerciale s’il existe un mécanisme d’allocation. Si les pays pauvres ont droit au chapitre, la reprise en sera grandement facilitée et la production mondiale de ressources médicales sera plus efficace et plus équitable – tant à court terme qu’à long terme.

* Professeure d’économie, Université Johns Hopkins 

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
Copyright: Project Syndicate 





 
 
 

AGEFI

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