Pour une politique industrielle «volontariste»

mercredi, 24.07.2019

Xavier Comtesse* et Florian Németi**

Xavier Comtesse

Il y a vingt ans seulement les Chinois enviaient les industries occidentales.  GE, Nokia, Alstom et bien d’autres paraissaient intouchables. Elles ont disparu ou ont décliné. A l’inverse, CRRC (ferroviaire), Comac (aviation) Xiami (télécom) sont devenus les nouveaux géants planétaires. Ils sont chinois et inconnus du public occidental. Le monde industriel a été totalement bouleversé par la montée en puissance de la Chine. Attention, une nouvelle vague de transformation planétaire du tissu industriel avance. Poussée par le numérique, l’industrie change du tout au tout. On parle désormais d’industrie 4.0.

Les nouveaux maîtres de l’industrie viendront de l’additive manufacturing (Desktop Metal), du machine learning (AWS Amazon), de l’IoT (CISCO ou Arduino), des plateformes de sur-traitance (Tulip) ou bien des dispositifs autonomes (véhicules, robots, etc. comme ceux de Waymo). Les données et les algorithmes sont les matières premières de l’usine de demain. Il faut s’y préparer en toute hâte si l’on ne veut pas disparaître. On parle ici de la nation industrielle suisse.

Pour ce faire, il faudrait qu’il y ait enfin une véritable politique industrielle dans le pays… Il est incroyable que depuis la disparition de l’OFIAMT (Office fédéral de l’industrie, des arts et métiers et du travail) en 1999 et son intégration dans le Seco, le pays n’ait plus de «Monsieur industrie». Et surtout qu’il n’ait plus qu’une politique économique globale – basée essentiellement sur les conditions cadres du pays – et non pas sectorielle, si l’on excepte l’agriculture, évidemment!

Car aujourd’hui l’industrie a surtout besoin de gens de talents. Il faut donc développer une formation 4.0 et aussi un renforcement des moyens alloués à la recherche appliquée, en particulier dans les domaines industriels nouveaux tels que les big data, l’internet des objets, le «machine learning», la maintenance prédictive, la fabrication additive, etc. Bref d’une véritable planification de financement additionnel pour la formation 4.0 et la recherche appliquée, en lien direct avec l’industrie. Il ne s’agit ici pas de faire mieux avec les mêmes moyens financiers, mais bien de lancer de nouveaux projets avec de l’argent frais pour une cause d’importance nationale: la quatrième révolution industrielle.

Il y a là une grande opportunité pour le conseiller fédéral Guy Parmelin et son administration d’apporter des impulsions fortes et nécessaires à l’industrie suisse, et ceci aux antipodes des politiques de saupoudrage du passé. Un nouvel effort national s’impose pour accompagner cette immense mutation industrielle. Pour ce qui est de la recherche, il convient d’agir de manière proactive. Car en cas d’échec sur l’accord institutionnel entre la Suisse et l’UE, l’accès aux programmes européens de recherche serait réduit. Il faut donc injecter de l’argent frais, car notre pays fait face à des enjeux planétaires où les grandes puissances mettent beaucoup d’argent pour gagner cette véritable guerre industrielle. Or, il faut être de la partie si l’on ne veut pas disparaître.

On a la possibilité de le faire, car il faut le rappeler que la Suisse avec ses écoles polytechniques et ses HES dispose d’une force de frappe non négligeable. Par exemple, en intelligence artificielle (qui est le cœur même de cette révolution), l’ETHZ est classé au 7e rang mondial et l’EPFL 14e. Il convient de maintenir, voire de renforcer cette position enviable. Le pays a indiscutablement les bases pour aller plus loin et jouer dans la cour des grands!

* Mathématicien
** Directeur, Chambre de Commerce et de l’Industrie de Neuchâtel





 
 
 

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