Pour un général du climat

lundi, 22.04.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Les situations conflictuelles, qui abondent dans le dossier climatique, devraient être arbitrées au niveau politique en dégageant des solutions de compromis. Elles sont attaquées par la droite qui trouve que l’on en fait trop et par la gauche qui pense que l’on en fait trop peu. Face à ce défi, la réponse du pouvoir exécutif suisse demeure vague, limitée et incohérente. Le 28 septembre 2012, le Conseil fédéral a mis en consultation un document «Stratégie énergétique 2050 et réforme fiscale écologique». Ce document fourmille de bonnes intentions sans préciser comment elles seront réalisées.

Face au défi climatique, le fonctionnement de la Confédération n’est pas adapté. Des décisions ont beau être échafaudées par le Conseil fédéral, débattues et arrêtées par les deux Chambres du Parlement, elles peuvent ou même doivent être soumises au peuple, qui possède le droit de les refuser et qui ne s’en prive pas. Les institutions suisses sont conçues pour gérer les questions ordinaires et de modestes projets. La sauvegarde de la planète n’entre pas dans ces préoccupations, car le problème du souverain populaire n’est pas la fin du siècle, mais la fin du mois Il n’y a pas de chef de l’Etat permanent ou de premier ministre, mais une direction collégiale, où sont représentées toutes les mouvances politiques. Sur la transition climatique, il n’y a pas d’accord possible entre une droite, qui nie ou minimise le problème, et une gauche qui s’en empare sans le résoudre. 

Néanmoins, il surgit des situations où l’urgence de la situation requiert une autorité suprême. En cas de menace de guerre, l’Assemblée fédérale élit un général qui dispose des pouvoirs les plus étendus. D’une certaine façon, la situation est identique en matière de climat: la survie du pays, voire celle de l’espèce, est en cause. Une autorité supérieure, un «général du climat», peut-être un groupe restreint d’experts, pourrait avoir comme prérogative d’imposer des décisions à la fois indispensables et impopulaires. 

Dans un tout autre domaine, on en a eu une préfiguration, face à la menace de faillite de l’UBS. Averti dans l’urgence de la menace d’une cessation de paiement et d’un ébranlement systémique de l’économie suisse, le Conseil fédéral siégea à partir de 9 heures le mercredi 15 octobre 2008. A 18 heures 30, en trois heures, la délégation des finances décida à l’unanimité d’octroyer 6 milliards de prêt. Une société de portage créée par la BNS recueillera les placements douteux de l’UBS à hauteur de 60 milliards. Bien que les chambres fédérales aient été en session, la décision ne leur fut pas soumise. 

On doit se souvenir que l’économie suisse fut sauvée ce jour-là par la concertation d’un tout petit groupe de personnes, qui prirent tous les risques. On peut souhaiter que le même mécanisme soit mis en place pour la crise climatique.

* Professeur honoraire, EPFL 





 
 
 

AGEFI

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