Plusieurs initiatives tentent de juguler l’augmentation des primes

jeudi, 29.11.2018

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

Les Genevois en ont marre de leurs primes maladie. Ce sont les plus chères de Suisse, une tendance en augmentation constante. Avoir un des meilleurs systèmes médicaux au monde coûte cher, très cher, et, vieillissement de la population oblige, la situation semble sans issue. Pourtant, des initiatives populaires fleurissent pour tenter de juguler l’inflation.

A Genève, nous voterons en février sur l’une d’entre elles, intitulée «Pour une caisse d’assurance maladie et accidents genevoise publique à but social». Les initiants font le constat du manque de transparence des caisses maladie et de la difficulté à établir un lien clair entre les augmentations des primes et l’augmentation des coûts de la santé. Ils critiquent également le montant des réserves, qui excède souvent le pourcentage exigé par la loi et l’argent utilisé pour des campagnes publicitaires. Leur solution? Créer une caisse publique pour offrir des primes moins chères.

Hélas, la solution préconisée n’est pas la bonne. En effet, cette caisse - dont la mise en place serait à la charge du canton - se rajouterait aux trente-six caisses officiant déjà à Genève. Elle serait soumise aux mêmes contraintes que les autres: elle devrait disposer de réserves suffisantes lors du dépôt de la demande d’autorisation de pratiquer l’assurance maladie, soit au moins 8 millions de francs, et continuer à constituer des réserves tout au long de son existence. Ses tarifs seraient soumis à l’approbation de l’autorité de surveillance, comme toutes les autres caisses. Si elle attire trop de «mauvais risques», elle aurait des prestations élevées à payer, ce qui l’obligerait à augmenter ses réserves et, par ricochet, ses primes. De plus, étant à but social, elle n’adopterait sans doute pas des stratégies comme celle du tiers garant pour l’achat des médicaments. Dans ces conditions, réussir à proposer de manière pérenne des primes moins chères semble illusoire. Il est d’ailleurs accablant de constater que, depuis la création de la LAMal en 1995, aucun nouvel assureur n’est venu sur ce marché. Trop cher et trop risqué.

Si cette proposition n’est pas viable, que faire? Trois autres initiatives sont en cours d’examen, qui tentent de prendre le taureau par les cornes. La première est cantonale, intitulée «Pour des primes d’assurance-maladie plafonnées à 10% du revenu du ménage». Elle ne prétend pas améliorer le système de santé. Son ambition est de soulager le porte-monnaie des citoyens. Sans plafond, son coût s’élèverait à 450 millions de francs, à ajouter aux subsides cantonaux actuels, qui se montent à 335 millions. Coûts totaux: 785 millions de francs par année. Avec l’augmentation annuelle des primes et l’augmentation de la population à Genève, elle représente un gouffre financier.

Les deux autres sont fédérales et visent à améliorer plus largement le système. L’une s’intitule «Assurance maladie. Pour une liberté d’organisation des cantons». Ces derniers pourraient créer une institution cantonale d’assurance maladie chargée de fixer les primes et de les percevoir. Les assureurs continueraient à effectuer leur travail administratif et seraient indemnisés pour ce faire. Les réserves de tous les assureurs seraient mutualisées et gérées au niveau du canton. Idée intéressante, à analyser sérieusement.

La dernière initiative ne laisse pas de place au doute. Intitulée «Pour un Parlement indépendant des caisses-maladie», elle met le doigt sur une réalité troublante: quinze conseillers nationaux sur les vingt-cinq siégeant à la Commission fédérale de la santé font partie de conseils d’administration de caisses maladie. Difficile de travailler en toute indépendance.

* FER





 
 
 

AGEFI

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