Perspectives sur l’innovation chinoise

mardi, 08.10.2019

Florence Chernyak-Bosson*

Florence Chernyak-Bosson

Longtemps considérée comme «l’usine du monde»,  la Chine est aujourd’hui le berceau des leaders mondiaux de la technologie. La transition de l’économie chinoise s’illustre aussi par le fait que les services représentent désormais la majeure partie du produit intérieur brut (PIB): en 2018, les secteurs primaire, secondaire et tertiaire représentaient respectivement 7%, 41% et 52% du PIB. Le gouvernement chinois oriente son développement sur l’innovation, une vision notamment étayée dans le plan stratégique «Made in China 2025», qui repose sur des industries clés telles que la robotique, les technologies de pointe, l’aviation et les véhicules économes en énergie.

Ce plan, ainsi que l’engagement des autorités chinoises en général pour conférer au pays un rôle de premier plan dans les industries à forte valeur ajoutée, a suscité les critiques d’autres pays craignant des transferts de technologie forcés. Le président Donald Trump s’est fait entendre sur le sujet pendant des années, jusqu’à conduire à la guerre commerciale en cours.

Si l’on met de côté la politique et que l’on s’intéresse uniquement aux chiffres, il apparaît que la Chine at massivement investi dans l’innovation. Une façon d’examiner la question consiste à analyser les dépenses allouées à la recherche et au développement (R&D), dont le ratio par rapport au PIB a progressé. Sur ce point, la Chine a dépassé l’Union européenne en 2016 déjà, ses dépenses de R&D représentant 2,1% du PIB contre 2,0% en Europe. Le pays réduit aussi son écart avec les États-Unis, en tête avec 2,7% du PIB. Un autre indicateur réside dans le nombre de demandes de brevets, qui représentaient en 2017 43,6% des demandes totales, devant les États-Unis (19,2%) et le Japon (10,1%), selon l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). 

En ce qui concerne les entreprises cotées, le ratio des dépenses de R&D sur le chiffre d’affaires de l’indice CSI 300, un indice de 300 actions A cotées à la bourse de Shanghai ou de Shenzhen, est passé de 0,5% en 2009 à 2,2% en 2018, et se rapproche désormais de celui de l’indice S&P 500, à 3,3% en 2018. L’augmentation des dépenses par rapport au chiffre d’affaires pour l’indice dans son ensemble ne provient pas seulement du poids plus important du secteur des technologies dans l’indice, mais surtout d’une augmentation des dépenses dans ce secteur. Au cours de la dernière décennie, ce même ratio est passé de 0,7% à 8% pour les entreprises technologiques, se rapprochant ainsi de celui de la technologie américaine (9,2% pour l’indice S&P 500 Information Technology en 2018).

Bien évidemment, une approche de sélection de titres basée sur la capacité d’innovation ne doit pas se limiter à l’importance des dépenses. Il convient également de prendre en compte la croissance des ventes des nouveaux produits et leur rentabilité, afin de se concentrer sur des entreprises véritablement en mesure de récolter les fruits de leurs dépenses de R&D. Ces quelques données ont toutefois le mérite de démontrer l’effort des entreprises chinoises en matière d’investissement. De quoi leur permettre d’accroître leur leadership dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

* Equity Analyst, Indosuez Wealth Management





 
 
 

AGEFI

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